Polynésie

Marlon Brando : Le parrain de cœur de Tetiaroa

Marlon Brando : Le parrain de cœur de Tetiaroa

C’est un coup de foudre qui a conduit l’icône du septième art à acheter cet atoll-paradis. Loin des indiscrétions hollywoodiennes, Tetiaroa était un prolongement de lui-même : un îlot secret à préserver.

 

Difficile d’évoquer Tetiaroa sans voir surgir l’image de Marlon Brando. Il était le gardien de ce bout du monde. “Si j’ai pu me rapprocher d’une forme de paix, c’était là-bas”, écrit-il dans ses mémoires. Émanant de l’un des acteurs les plus tourmentés d’Hollywood, ces mots résonnent avec puissance. Pour saisir le lien qu’il tisse avec Tetiaroa, il faut imaginer un atoll de six kilomètres carrés posé dans l'archipel de la Société et cerclé de coraux, à une cinquantaine de kilomètres de Tahiti. Treize motu sous les cocotiers, îlots à fleur de lagon jouant avec toutes les nuances des tropiques. Longtemps, cet atoll-paradis s’appelait Teturoa (“haute mer”), et les familles royales tahitiennes y trouvaient refuge. Après avoir été la propriété du roi Pomare V, la reine Pomare IV (1827-1877) en hérite, mais le laisse à l’abandon. Teturoa se change alors en Tetiaroa (“celle qui se tient à distance”).

Vue de Tetiaroa

TMK/The Brando

Mais Tetiaroa a aussi marqué l’histoire à une autre occasion : en janvier 1789, trois marins désertent le navire anglais commandé par William Bligh et y échouent. Un premier pas vers la mutinerie qui sera menée le 28 avril contre le capitaine, le laissant avec dix-huit autres marins sur une chaloupe à la dérive. Les mutinés, avec Fletcher Christian à leur tête, partent à bord de la Bounty et se dispersent en Polynésie. Cent soixante-treize ans plus tard, Lewis Milestone et Carol Reed portent l’histoire de cette rébellion à l’écran, dans Les Révoltés du Bounty (1962). En tête d’affiche, dans le rôle de Fletcher Christian, un certain Marlon Brando. Révélé par Un tramway nommé désir à Broadway, puis dans le film du même nom (1947), l’enfant terrible d’Hollywood est alors au sommet de sa gloire. Il a joué le jeune rebelle au blouson de cuir dans L’Équipée sauvage (1953), fasciné dans son interprétation du rôle-titre de Jules César (1953), et dans Sur les quais (1954) en ancien boxeur devenu docker. Mais Marlon Brando est déjà las de ce succès, refusant d’être le poster boy de service et préférant se tenir éloigné de ce monde.

 

« Si j’en ai le pouvoir, Tetiaroa restera toujours un endroit qui rappellera aux Tahitiens ce qu’ils sont et ce qu’ils étaient des siècles auparavant. »

 

La première fois qu’il aperçoit Tetiaroa, c’est par le hublot d’un avion, lors des repérages des lieux où sera filmé Les Révoltés du Bounty. Le tournage se fait finalement entre Tahiti et Moorea. Là-bas, il tombe d’abord amoureux d’une femme : elle vient de Bora-Bora, s’appelle Tarita Teriipaia et est sa partenaire à l’écran. L’autre histoire d’amour a lieu après le tournage, lorsque Brando demande à des pêcheurs locaux de le mener jusqu’à l’atoll de Tetiaroa. Il écrit dans son autobiographie, Les chansons que m’apprenait ma mère (1994) : “Mon esprit s’apaise toujours quand je m’imagine, la nuit, assis sur mon île du Pacifique…” Peut-être voyait-il en Tetiaroa comme un prolongement de lui-même, à des kilomètres d’Hollywood… Au terme de négociations compliquées, Brando achète Tetiaroa en 1966 et signe un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans avec le gouvernement polynésien. Il s’y installe avec Tarita et y passe plusieurs mois par an de 1970 à 1990.

Bateau à Tetiaroa

Léopold Aries

Il faut se représenter Marlon Brando vivant des heures tranquilles, aux antipodes du rôle que sa célébrité le condamne à jouer. L’imaginer en sarong, pieds nus, cheveux ramenés dans un catogan, un sac de palme tressée à la main dans les rues de Papeete ou le sable de son atoll. Là-bas, il est simplement Marlon, Polynésien d’adoption. À Tetiaroa, il s’occupe de son inn, Tetiaroa Village, sur l’îlot d’Onetahi, aux bicoques modestes en toits de palme, entièrement fondues dans la végétation. Pas d’électricité, de climatisation ou d’eau courante, mais le luxe d’un retour à la nature réservé à une poignée d’invités. Parmi eux, ses amis Robert De Niro et Quincy Jones, mais aussi des scientifiques et chercheurs venus étudier la biodiversité et les ressorts de sa protection. Leur présence atteste de la mission de Marlon Brando, que cette phrase piochée dans son autobiographie résume : “Si j’en ai le pouvoir, Tetiaroa restera toujours un endroit qui rappellera aux Tahitiens ce qu’ils sont et ce qu’ils étaient des siècles auparavant.” L’homme caresse le rêve de voir un jour son atoll devenir un modèle d’écologie durable.

Hôtel The Brando

Tim McKenna/tahitiflyshoot/The Brando

En 1999, il réfléchit avec Richard Bailey, grande figure de l’hôtellerie de luxe, au futur du petit écolodge, du lagon et aux moyens de faire de Tetiaroa un centre de recherche et d’éducation à la protection de l’environnement. À la mort de Brando, en 2004, le projet suit son cours, respectant la volonté et l’engagement de l’acteur. Dix ans plus tard, The Brando ouvre : le resort est un modèle d’intégration à l’environnement naturel de l’atoll.

 

Photographie de couverture : Wolfgang Stahr/LAIF-REA

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