Idées voyage

Œnotourisme : vins du monde, en route !

Œnotourisme : vins du monde, en route !

Plaçons le voyage sous le signe du plaisir. Subtil, personnel, raffiné. A chaque étape, savourons le bonheur d’une découverte, d’une lumière inédite, d’un magnifique étonnement. Partout dans le monde, des centaines de routes permettent de découvrir une région, ses monuments, sa gastronomie et ses villages oubliés, à travers le génie de ses pinardiers. Version blanc, rouge, rosé ou bulles. Notre sélection forcément partielle et totalement partiale de quelques terroirs inspirés qui célèbrent les gloires du palais, nimbées du mystère des dieux, enchantées par les vertus de la convivialité. Santé !

 

Papilles en alerte, certes, mais resserrons les rangs de ceps. Oui, le corail de Rangiroa (Polynésie française) permet d’élever un rosé de correcte tenue ; c’est vrai, il existe un blanc de Thaïlande qui se laisse boire sans (trop) rechigner ; exact, les vignerons de Colombie britannique (Canada) promettent qu’on va voir ce qu’on va voir, mais prière de leur laisser un peu de temps en misant sur le réchauffement climatique ; sans baisser les bras, un viticulteur du Gabon produit chaque année quelques centaines de bouteilles de rosé qui ne sont vendues qu’à Libreville… Alors, considérons qu’il y a une vingtaine de pays dans le monde qui peuvent sérieusement revendiquer le titre de « producteurs de vins ». Et donc dessiner une ou plusieurs routes capables de séduire des œnophiles amateurs de belles découvertes. C’est assez pour trinquer à toute une vie de voyages.

bol de raisins en Grèce

BG Collection/Gallery Stock

 

Étiquettes exceptionnelles

Cela dit, un vignoble ne génère pas forcément l’œnotourisme. Illustration avec la Chine, deuxième pays au monde par la superficie des plantations derrière l’Espagne, mais qui limite son euphorie à quelques cuvées (peu convaincantes) élevées dans le Xinjiang. L’essentiel de la production est destiné au rayon raisin de table, c’est plus sage. A l’inverse, des territoires miniatures à production confidentielle abritent suffisamment de domaines à la singularité avérée pour dessiner une boucle enchanteresse d’une dizaine d’étapes mémorables de cave en cave, de chais en chais. Tel est le cas, par exemple, du vignoble suisse de Lavaux ou de celui du Sud-Tyrol, sans parler de la célébrissime Route des grands crus de Bourgogne qui ne court « que » sur 64 kilomètres entre Dijon et Santenay, visitant une vingtaine d’étiquettes exceptionnelles. Enfin, ne pas négliger le contexte économique et politique : le vin de Shiraz (Iran), une pépite de l’antiquité, persiste contre mollahs et embargo international, mais point de route officielle pour en savourer les nuances ; même cause, mêmes effets pour le vignoble libanais installé jadis par les jésuites, qui perd ses charmes lorsqu’il faut le visiter sous bonne escorte en 4X4 blindé.

 

Sur les routes des vins d'Europe

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France, tête de cuvée

L’un dans l’autre, voilà qui limite l’œnotourisme international aux grandes nations viticoles.

Dans l’ordre, la France s’installe sur la plus haute marche du podium en tant que deuxième pays producteur (37 millions d’hectolitres) derrière l’Italie (42,5 millions) mais devant l’Espagne et ses 32 millions d’hectolitres. Notre vigne cumule cet argument avec le titre de première destination touristique du monde (près de 90 millions de visiteurs) sans oublier la diversité de ses terroirs, plus de huit régions officiellement productrices de vins traversées par une route balisée. Sans parler de l’abondance de ses cépages, 210 autorisés, tout comme l’avalanche de noms célébrés dans le monde entier, champagne, saint-émilion, morgon, brouilly… Résultat, de Bourgogne où le circuit fut créé en 1937, jusqu’en bordelais où six itinéraires distincts cohabitent (la D2 qui traverse le Médoc n’est pas pour rien baptisée « Route des châteaux » !), en passant par l’Alsace dont la route est née en 1953, la Provence, le Chablisien roi du chardonay, le Val de Loire, la Corse, le Beaujolais ou la vallée du Rhône, le vignoble français brille comme jamais sur la carte des dégustations pour les amateurs du monde entier. En ajoutant les plus recherchés de tous, les itinéraires de Champagne le long desquels se pressent les plus prestigieuses maisons de l’appellation.

 

VTT, hélico, table étoilée

Noter que forte de son expérience, la France a développé mille manières d’enrichir la découverte, vite copiées par les autres pays de production : chemins à suivre en vélo comme à cheval, location de cabriolets vintages, vols en montgolfière ou en hélicoptère, histoire d’arriver grande classe dans la cour du château, hébergements de charme, tables gastronomiques, dégustations privées, soins à base de vinothérapie, etc. L’offre n’a jamais été aussi attrayante, aussi chic, aussi festive. Ce qui n’empêche pas de jouer les indépendants quand on préfère, à savoir composer soi-même son itinéraire au milieu des ceps et planifier ses visites de chais.

 

Enfants dans un champ en Dordogne

Marie Genel

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Les vins d'Italie

L’Italie abrite une dizaine de routes des vins. Chacune correspond à une production emblématique à découvrir selon la ville ou la région visitée. Illustration en Toscane, la plus célèbre, terroir des chiantis et des brunellos, qu’on déguste au sud de Florence, vers Sienne et Montepulciano. Mêmes manières en Vénétie (outre Venise, Vérone, Trévise et Padoue), pour les fans de valpolicella ainsi que ceux de prosecco, ce pétillant qui accompagne si bien le spritz de l’apéritif, inventé ici il y a deux siècles. Suit l’Ombrie, au nord de Rome, en particulier autour de Montefalco où naissent des vins charpentés de très belle qualité. Citons encore la route du bardolino qui tapisse les rives du lac de Garde, manière de conjuguer l’excellence du rouge local avec la beauté du cadre. Ajoutons la Lombardie (Milan, terre de rouges et de pétillants), la région de L’Aquila dans les Abruzzes, avec son excellent montepulciano ainsi que les Pouilles autour de Salento en bord de mer Ionienne. Les amateurs de blancs jettent aussi leur dévolu sur les collines qui rebondissent entre Trieste et Udine, ainsi que du côté de Rome, vers le village de Frascati dont la production est particulièrement soignée. Enfin, impossible de ne pas mentionner les vins charpentés de Sicile tel de nero d’avola. Le vignoble tapisse les pentes de l’Etna depuis trois millénaires, c’est dire… Quant à la Sardaigne, moins valorisée, elle propose quand même de jolis itinéraires entre ses domaines familiaux où la sincérité de l’accueil vaut tous les soleils.

Cave de Chianti Italie

Eligio Paoni/CONTRASTO-REA

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Rioja, xérès et cava en Espagne

Premier vignoble mondial par la superficie (près d’un million d’hectares), l’Espagne aligne une vingtaine de routes possibles à travers ses vignobles. Pratiquement toutes offrent en outre le bonheur d’un hébergement de charme, les paradores, des bâtiments historiques aménagés en hôtels et bénéficiant de tarifs particulièrement sages. Honneur à l’appellation la plus célèbre du pays, le rioja. Deux itinéraires traversent l’appellation qui excelle dans le nord de l’Espagne, autour du village de Logrono, comme dans le pays basque espagnol (Bilbao) également riche d’un excellent vin blanc, le txacoli. Autre spécialité nationale, le xérès dont on savoure les cuvées en Andalousie, du côté de Xérès de la Frontera ou de Cadix. Enfin, faire acte de curiosité avec le cava, ce pétillant d’honnête tenue qui réjouit les propriétés de Catalogne (région du Penedès). De quoi s’installer dans une bodega pour, tapas en main, disserter sur les vertus comparées de cette boisson qui fait la fierté des hidalgos, avec notre champagne.

Ensuite, il sera temps de viser les autres itinéraires que proposent la Galice, plein nord, avec cet étonnant blanc sec qu’est l’albarino, l’Aragon du côté de Huesca, la région de Murcie (route du Jumilla) puis celle de Cordoue en Andalousie, baignée de soleil tout au long de l’année… Enfin, suivre les routes de la Manche, capitale Tolède. Le parcours fut cher à Don Quichotte, il traverse la première région productrice du royaume dans les trois couleurs. Illustration avec plus de 300 domaines ouverts à la visite comme à la dégustation.

Enfin, cap sur les Canaries, en particulier sur l’île de Tenerife forte de cinq appellations dont les rouges charpentés racontent le sol volcanique et le soleil qui brille 300 jours par an. Sur Lanzarote, on appréciera l’originalité des cultures : les ceps sont plantés en altitude dans des alvéoles creusées à même la lave. Rouges comme blancs se révèlent très singuliers. Epatants à consommer sur place.

Région viticole de Catalogne

Alfredo Caliz/PANOS-REA

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Porto et vinho verde, stars du Portugal

Verre à la main, le Portugal ne s’en laisse pas compter. Cinq circuits majeurs sillonnent les productions locales (6,5 millions d’hectolitres sur 195 000 hectares) parmi lesquelles deux stars, le vinho verde et le porto. La première vagabonde plein nord, du côté de Braga, Guimaraes, Monçao, Melagaço, etc. Au programme, des vins de soif sans prétention qui excellent un coude sur le comptoir et font vite devenir amis pour la vie. Leur couleur tirant sur le vert pâle et leur petit degré d’alcool caractérisent ces apéritifs légers qu’on redemande. Sur un tout autre registre, le porto étire ses plantations à partir de la ville qui lui donne son nom, en suivant la vallée du Douro. Cela dit, les domaines, souvent somptueux, produisent également des blancs et des rouges « communs ». Sur les quais de Porto toutes les grandes maisons assurent visite avec dégustation. Voilà qui aide à préparer son parcours à l’intérieur des terres.

Une fois biffés ces deux obligés, reste à découvrir l’Alentejo (capitale Evora) et ses fiefs viticoles que sont Borba, Redondo ou Vidigueira. Les amateurs de muscat apprécieront la péninsule de Seitubal, Palmela en particulier où se concentre les producteurs. Enfin, ne pas oublier Madère, même si aucune route officielle n’est dédiée à ce vin doux concurrent du porto. Des dizaines de petites exploitations ouvrent leurs portes et contribuent à la réussite des vacances sur place.

Dégustation de vin

hitdelight/stock.adobe.com

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Renaissance en Croatie

En Croatie, la culture de la vigne est une tradition millénaire. Oui mais… Entre la période communiste et la guerre avec les voisins, les plantations ont été soit bien maltraitées, soit ravagées. Ce n’est que depuis une quinzaine d’années que de vaillants passionnés tentent de remettre en état un patrimoine dont les meilleures productions de blancs s’étendent au nord près de la frontière avec la Hongrie (à Sveti Urban ainsi que sur les rives du Danube en Slavonie autour d’Ilok qui rassemble les plus méritantes des exploitations). Le vin a aussi son royaume plein sud, en Dalmatie (Dubrovnik) et en Istrie (Pula), au rayon rouge. Ajouter les îles qui baignent à deux pas des côtes (Hvar, Brac, etc.) pour avoir un aperçu complet des trésors croates.

Région de Hvar Croatie

Getty Images/iStockphoto

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Sa Majesté riesling en Allemagne

La réputation des vins d’Allemagne n’est pas usurpée : ils tiennent sérieusement la route. En particulier sur ces 85 kilomètres dessinés en 1935 dans le Palatinat. Gloire aux blancs et au cépage roi de la région, le riesling ! Elle court dans la vallée du Rhin, entre la frontière française juste de l’autre côté de Wissembourg (Bas-Rhin) et Bockenheim, plein nord. Un régal qui mérite bien une petite choucroute entre deux dégustations. Pas très éloignée, se trouve la région viticole du Bade-Würtemberg autour de Fribourg et Baden-Baden. Ici, pas de route formelle mais une multitude de domaines où sont élaborés certains des meilleurs blancs du pays. Enfin, pas question de négliger les vins de Moselle mis en bouteilles autour de Mayence et de Coblence, pas plus que ceux que l’on trouve en Bavière sur les rives du Main, autour de Würtzburg, capitale de la Franconie. Ici règne le sylvaner, souvent servi dans des bouteilles rondes facilement identifiables. Oui, la choucroute reste de mise.

 

région viticole de Neckarhalde en Allemagne

German National Tourist Board GNTB

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Autriche, la preuve par quatre

C’est plein est que l’Autriche célèbre son vin. Et de belle manière. Quatre routes s’étagent et se succèdent entre nord, Retz, à la frontière avec la République tchèque, et sud, Mureck, aux portes de la Slovénie, en passant par les tavernes de Vienne et celles de Graz. Soit près de 600 kilomètres qui vagabondent au gré des appellations. Le palais français les prononce souvent avec difficulté mais heureusement, les savoure avec bonheur. Au programme, la Basse-Autriche, le Burgenland, la région de Vienne et la Styrie, soit un panorama complet de l’Autriche des vins, à 80%, blancs (sauvignon, pinot blanc, chardonnay), évoluant du plus sec au plus liquoreux.

région viticole de Kitzbuhel en Autriche

f/2.8 by ARC/Fotolia

 

Sur les routes des vins d'Amérique

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Trois mille exploitations en Californie

La consommation de vin ne cesse d’augmenter aux Etats-Unis. Certes, la canette de Budweiser triomphe encore chez les cow-boys mais, dans les grandes agglomérations, les bars ne cessent d’augmenter leur offre en blancs, rouges et rosés. Le prestige des étiquettes françaises joue encore, mais les productions locales gagnent du terrain malgré des tarifs relativement élevés. La qualité dicte la commande et les vins de Californie jouent un rôle moteur en la matière. L’état qui court depuis la frontière avec l’Oregon jusqu’à celle avec le Mexique, à deux pas de San Diego, revendique environ 3 000 exploitations. Beaucoup sont concentrées au nord de San Francisco, dans les vallées de la Napa ainsi que de la Sonoma. D’autres se découvrent en direction de Los Angeles, en particulier dans la région de San Obispo et, plus encore, dans l’arrière-pays de Santa Barbara, superbe région de collines. Enfin, les terres vallonnées au nord de San Diego constituent un autre terroir californien, en fait, celui des origines puisque c’est ici que les missions espagnoles plantèrent les premiers ceps au XVIIIème siècle, histoire de fournir le précieux vin de messe.

 

La Funk Zone de Santa Barbara

Avant de dessiner sa propre route des vins en Californie, quelques précisions s’imposent. Ici, pas d’itinéraire formalisé. A chaque domaine le soin d’être plus attrayant que son voisin via la publicité, le portail d’entrée ou le style des étiquettes. Ensuite, inutile de rêver de maisons centenaires où le vin coulerait tel le sang dans les veines des propriétaires. Murs en parpaing, éventuel décor à la Disney, cuves métalliques, vin élaboré par des ingénieurs devant leur écran et dégustation souvent payante, remboursée en cas d’achat. Pour le romantisme, on verra plus tard. Noter l’astucieuse formule mise en place par exemple à Santa Barbara. Elle réunit les producteurs de la région dans un quartier de la ville (Funk Zone) où ils tiennent caveau de dégustation, en fait de superbe lounge bars tenus par des experts de la maison. Les pressés adorent. Ceux qui souhaitent vagabonder sur les coteaux ensoleillés de l’arrière-pays, Santa Rita Hills, par exemple, peuvent le faire après ce premier contact délicieusement festif.

Retour aux classiques, ils le méritent : cap sur la Napa et la Sonoma, les deux vallées reines de l’excellence viticole américaine. Depuis San Francisco, traverser le Golden Gate Bridge, la journée commence bien, prendre la US 101 par exemple pour rejoindre Napa (une heure) et la charmante Santa Helena. Ou bien viser Petaluma, porte d’entrée de la Sonoma. Ensuite, laisser faire l’inspiration, les domaines sont à touche-touche.

Napa Valley Californie

PhotoXpress/ZUMA/REA

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Au pied de la cordillère en Argentine

Le cépage malbec fait la fierté de l’Argentine. C’est justifié. Démonstration dans les maisons installées au pied des Andes, environ 1 000 kilomètres à l’ouest de Buenos Aires. Quel spectacle que ces rangs de ceps sur fond de cordillère. Photo, s’il vous plait ! Les exploitations sont dessinées du nord (Cafayate) au sud (Mendoza et San Rafael) sur environ 2 000 kilomètres. Entre-temps, c’est un défilé incessant de domaines grands comme des départements. Curiosité plein nord, des plantations à plus de 2 000 mètres d’altitude, record du monde, et un blanc, le torrontés, qui n’existe qu’ici. Ensuite, direction San Juan et surtout Mendoza, la grande région viticole du pays avec ses fameux malbecs tout de rouge auréolés. Plus de 1 000 caves exploitent 150 000 hectares, c’est dire si le voyage peut s’éterniser ! D’autant que chaque ville abrite des bodegas où les experts sont enchantés de partager leur passion. Noter quand même que l’essentiel de la production locale sert le vin de table argentin. Il faut donc préparer ses visites en désignant les maisons reconnues pour leurs cuvées soignées. Retenir enfin que, hémisphère sud oblige, les vendanges ont lieu en mars.

vignes de Mendoza Argentine

javarman / Fotolia.com

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Chili, aux portes de Santiago

De l’autre côté des Andes, voici le Chili, autre producteur de ces vins qu’on appelle « du nouveau Monde » alors qu’ils ont été installés par les religieux de l’ancien, ceux qui accompagnaient les conquistadores il y a plus de quatre siècles… Les sites sur lesquels il est élevé courent au nord comme au sud de la capitale, Santiago. Soit un bon millier de kilomètres de routes qui débutent en bord de Pacifique à Maitencillo puis vers la bien nommée Vina del Mar, jolie station balnéaire, et la spectaculaire Valparaiso, avant de poursuivre à l’intérieur des terres le long de la vallée Casablanca (royaume des blancs, évidemment), puis en direction de Valle de Colchagua, la plus importante région de production, et Santa Cruz. Retenir que deux vignobles font références juste aux portes de Santiago : ceux de la vallée Maipo ainsi que ceux d’Aconcagua. Leur proximité de la ville séduit certains des meilleurs éleveurs chiliens qui produisent ici les bouteilles les plus chics (les plus chères aussi) du pays.

Vignes de Valparaiso Chili

Casona Matetic / Turavion

 

Sur les routes des vins d'Afrique

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 Les vins d'Afrique du Sud, mémoire de France

L’affaire est peu connue mais plusieurs pays d’Afrique australe abritent des vignobles plus ou moins folkloriques : le Kenya, la Tanzanie, la Namibie… Toujours nés selon le même schéma : une géologie a priori favorable, un passionné bien décidé à se retrousser les manches et le temps devant lui afin de perfectionner, vendange après vendange, un vin digne de ce nom. Le cas de l’Afrique du Sud est plus crédible. Au XVIIème siècle (à partir de 1685), les Huguenots (protestants) fuient la France. La révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV, donc la fin de la paix religieuse, en fait les cibles désignées de prochains massacres. Nombre d’entre eux décident d’aller tourner la page sur les terres alors quasi-vierges du bout du bout de l’Afrique. Parmi eux se trouvent nombre de viticulteurs. Bingo, 335 ans plus tard, les alentours de la ville du Cap sont tapissés de vignes et réunissent plus de 3 300 domaines. Le pays aligne ainsi une vingtaine de jolies routes, chacune ses bonnes adresses, ses portes ouvertes, ses tavernes et hôtel de charme, son cimetière aux stèles gravées de noms français. La dégustation est comprise. Les étapes préférées des visiteurs car les mieux conçues et organisées (un peu trop parfois…), sont celles qui traversent les régions de Stellenbosch et de Franschhoek. La première a sa route depuis 1971. Elle serpente aujourd’hui entre 150 et quelques domaines qui produisent rouges, blancs, rosés et pétillants. A 50 kilomètres à l’est du Cap, la seconde a la faveur des vacanciers français : son nom vient du hollandais qui désignait ainsi « le coin des Français », alors… Par ailleurs, les exploitations en appellent souvent à la nostalgie du pays, elles s’appellent Bourgogne, la Grande Provence, Chamonix… Et puis, n’est-ce pas le meilleur endroit pour relever le défi, lorsque le sommelier invite à taster ce millésime qui, promis, juré, s’aligne sur les vins de France. Chiche !

région viticole de Stellenbosch Afrique du Sud

Michel Uyttebroeck/Fotolia

 

Sur les routes des vins d'Océanie

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Australie, les kangourous de la Yarra Valley

La taille du pays, 7,7 millions de km², rend évidemment la superficie plantée de vignes, 145 000 ha, presqu’anecdotique. Voire. L’Australie concentre ses domaines, environ 2 500 au sud. Inutile de chercher des caves du côté de Darwin ou de Cairns, c’est entre Sydney, Canberra, Melbourne et Adélaïde que ça se passe. Avec une jolie résurgence dans l’arrière-pays de Perth. Voilà qui facilite la découverte puisqu’elle se fera en fonction de sa ville d’arrivée ou de départ. Le pays est neuf, ses exploitations manquent donc de patine et les viticulteurs se révèlent plus souvent biologistes qu’héritiers. Qu’importe, ils accueillent avec passion. Au nord de Sydney, c’est au creux de la Hunter Valley que sont rassemblées une bonne centaine d’exploitations. Parmi elle, certaines des plus anciennes du pays. Changement de décor comme de climat à Canberra. Le vin y est produit depuis les années soixante-dix et une poignée de petits producteurs propose rouges et blancs de bonne tenue. Proche de Melbourne (une heure de route), voici la Yarra Valley où il n’est pas rare de croiser des kangourous entre deux rangées de ceps. Une cinquantaine d’exploitations ouvrent leurs portes à la dégustation de rouges, blancs et pétillants. Au nord d’Adelaïde, la Barossa Valley et la McLaren Vale font l’agrément de la visite. Les rouges (shiraz) y règnent en maîtres. Enfin, plus modeste, la région de Margaret River aux portes de Perth s’honore de produire peu de vins mais bon nombre de ceux qui récoltent les récompenses dans le monde entier, en rouges comme en blancs.

Tonneau de vin dans la Hunter Valley Australie

Wine Country

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Les vins de Nouvelle-Zélande

Sauvignon d’abord ! En Nouvelle-Zélande, on ne jure que par ce cépage et force est de reconnaître que le « savy » comme on dit ici, acquiert dans l’hémisphère sud une singularité très séduisante. Pour le découvrir, c’est simple, il y en a partout. Sur l’île du Nord autour d’Auckland (Hawkes Bay) comme à proximité de Wellington (Martinborough). Sur l’île du Sud, les régions de Queenstown, Marlborough et Nelson promettent les plus belles dégustations. Sans oublier que les paysages locaux, superbe conjugaison de forêts (exceptionnelle déclinaison de verts), de bord de mer, de vallons à moutons et de sommets altiers, offrent un cadre somptueux à la découverte. Les vendanges sont programmées en février et mars. Enfin, pas de miracle, même achetés à la cave, les vins néo-zélandais restent chers.

 

Par

JEAN-PIERRE CHANIAL

 

Photographie de couverture : malajscy / Fotolia

Automne-Hiver

Vacance N°8

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