Japon

L'art du bain japonais

L'art du bain japonais

Les Japonais aiment se baigner. Ils fréquentent les “sentô” (bains publics), souvent parce que leur appartement est tellement minuscule mais surtout parce qu’ils aiment venir se détendre et discuter en famille ou entre voisins. Encore un art, précis et délicat.

 

Il ne faut pas beaucoup s’éloigner de Tokyo pour faire l’une des expériences les plus extraordinaires du Japon : les sources chaudes. Que l’on soit à la mer ou à la montagne, on n’est jamais loin d’une source thermale où l’eau jaillit du sol à près de 80°. Elle est alors guidée vers des bassins en pleine nature où elle arrive aux alentours de 40°, dessinant de jolies volutes de vapeurs sur le bleu du ciel. Cette eau thermale est riche en sodium, miraculeuse pour soigner les brûlures, idéale pour la détente. Lorsque l’on se glisse prudemment dans ces piscines naturelles bouillantes, on pense d’abord en ressortir cuit comme une écrevisse. Au contraire, c’est détendu et reposé que l’on s’extrait de ce liquide quasi amniotique, pour enfi ler un yukata (kimono léger) de coton bien frais, se faire aider par une voisine de vestiaire hilare pour le nouer correctement, et accepter une tasse de thé brûlant, vecteur de communication qui remplace tous les mots.

Bain japonais par Jérôme Galland

Jérôme Galland

Dans les bains publics citadins ou dans les sources en pleine nature, on ne se baigne jamais pour se laver mais pour se détendre et socialiser. Les bains séparent les hommes et les femmes. Les étrangers sont acceptés avec l’habituelle pudeur mais avec bienveillance : personne ne dévisage ce grand corps blanc immergé dans l’eau fumante. On regarde le paysage. La mer, la montagne, les arbres, la neige, la lune… Il suffi t pour se faire accepter d’oublier ses mauvaises habitudes occidentales et d’adopter les rites du “onsen” qui sont les mêmes depuis la nuit des temps. D’abord il s’agit de se faire propre. Alors que la Japonaise est très pudique, rit et mange cachée derrière sa main, n’exhibe pas son décolleté, c’est entiè- rement nue qu’elle s’accroupit sur un petit tabouret de bois posé au ras du sol. Brosse, gant de crin, shampoing, savon : tout est bon pour se récurer jusqu’au dernier pli. Après s’être étrillé seulement, on peut plonger dans la piscine commune, dans le creux de rocher du village rempli d’eau thermale ou dans le baquet de bois de cryptomère de son ryokan. L’eau est invariablement tellement chaude que l’on croit comprendre que la dernière étape de ce rituel est de se faire ébouillanter ! Mais non, on fl otte jusqu’à revenir au stade quasi-fœtal puis on rentre chez soi, propre comme un sou neuf et doux comme un agneau.

 

Là où personne ne va...

KUROKAWA - ONSEN

L’écrivain John Ashburne décrivait ainsi les villageois dans un onsen “Les baigneurs restent dans l’eau pendant tout un mois, une pierre sur les genoux pour ne pas flotter dans leur sommeil”. C’est un peu ce que l’on brûle d’envie de faire lorsqu’on découvre les bassins de Kurokawa dans le velouté des brumes matinales. Imaginez un petit village lové au fond d’une vallée étroite dans les montagnes de Kyushu, sans gare, sans béton, sans distributeur de billets... Uniquement une trentaine de ryokan anciens étirés en serpentin le long d’une rivière et dotés de somptueux bassins extérieurs. Comme les autres curistes, il suffit de se promener dans le village en yukata pour plonger de bains en bains et, entre clapotis de la rivière et chant des oiseaux, de se laisser dissoudre dans la félicité.

 

 

Photographie de couverture

SAMUEL ZUDER/LAIF-REA

Numéro Automne-Hiver 2018

Vacance N°6

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