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Réchauffement climatique : faut-il taxer le kérosène ?

Réchauffement climatique : faut-il taxer le kérosène ?

Jean-François Rial, président de Voyageurs du Monde, est favorable à la taxation du kérosène et du fuel lourd, utilisés pour les transports aériens et maritimes. Il prône plus largement l’instauration d’une contribution écologique sur toutes les activités génératrices de CO2, dont les recettes seraient affectées à la constitution d’un fonds pour le financement des dispositifs d’absorption du carbone et la transition écologique.

«Taxer le kérosène ? Je suis pour », affirme d’emblée Jean-François Rial – un avis tranché qui diffère de celui de la majorité des voyagistes. Pour lui, « la vraie question n’est pas de taxer le kérosène et le fuel lourd. La vraie question est de savoir comment on va utiliser l’argent collecté : une taxe carbone qui n’est pas appliquée à tous les secteurs, et qui entre dans les recettes fiscales générales de l’État sans financer la transition écologique ne permettra pas d’atteindre l’objectif recherché : faire baisser les émissions de CO2». Il poursuit : « certains élus ou économistes prônent la mise en place d’une taxe fiscale dans le but de faire changer les comportements, c’est inefficace – on le voit avec le tabac : augmenter les taxes n’aide pas les fumeurs à arrêter de fumer ». Selon lui, face à l’urgence climatique, il faut prélever une contribution sur le kérosène, le fuel lourd, mais également sur toutes les activités économiques génératrices de CO2. Une contribution écologique intelligente, qui permettrait la constitution d’un fonds pour le soutien et le développement des dispositifs existants de réduction des émissions –  isolation thermique et pompes à chaleur –  et d’absorption du carbone  – reforestation,  restauration de sols vivants par la permaculture et l’agroforesterie, mise en culture de micro algues… « La solution que je propose ici est une solution transitoire, face à l’urgence, parce que l’on n’est incapable dans l’immédiat de trouver des solutions neutres en carbone. Ensuite, il faut financer la recherche pour des solutions de transports innovantes, non émettrices ». Il imagine un prélèvement sur chaque tonne de CO2 émise, dont 2/3 seraient consacrés à la mise en place de mécanismes d’absorption, et 1/3 au financement de la recherche pour la transition écologique.

Face aux décroissants et aux lobbyistes, il souhaite incarner une voie du milieu. A ceux qui pensent qu’il faut renoncer au voyage, il répond « certains pensent qu’il ne faut plus voyager en avion, d’autres qu’il ne faut plus manger de viande. J’ai une autre optique. Si on considère que prendre l’avion n’a pas d’utilité sociale, que cela ne créé pas d’emplois, que cela ne participe pas au rapprochement entre les peuples, on cesse de prendre l’avion. Mais si comme moi, on pense l’inverse, on absorbe ses émissions carbone ». Il précise « absorber le carbone ne suffit pas. Pour moi, aujourd’hui, voyager en long courrier pour trois jours est inacceptable ».

Parmi les consommateurs qui craignent une hausse des tarifs, des voix s’élèvent contre une taxe sur le kérosène – le voyage, démocratisé depuis quelques décennies, serait de nouveau le privilège des plus aisés ?  Jean-François Rial – qui applique d’ores et déjà une compensation carbone à 100 % des voyages de ses équipes et de ses clients – estime une hausse marginale du coût des vols, de l’ordre de 10 euros pour un aller-retour en Tunisie en classe éco. « Si par contre vous allez à New York en classe affaires, le coût de l’absorption carbone sera de l’ordre 150 euros. Il y a une éthique dans cette affaire : celui qui consomme le plus, celui qui va le plus loin va payer plus cher ».

> A savoir

Aujourd’hui, le kérosène et le fuel lourds utilisé dans les transports aériens et maritimes sont totalement exonéré de fiscalité écologique, contrairement à l’essence et au diesel utilisés dans le transport automobile. L’exonération fiscale sur le  kérosène, figée dans la convention internationale de Chicago sur l'aviation civile internationale, ratifiée par la France en 1944, représente un manque à gagner de plusieurs milliards d’euros par an pour l’État. Rien n’interdit de mettre en place une taxation sur les vols intérieurs, comme le font déjà les Etats-Unis, le Brésil, le Japon, la Norvège, la Suisse et les Pays-Bas, qui rapporterait quelque 500 millions d’euros par an.

 

Par

MARION OSMONT

 

Photographie de couverture

STÉPHANIE TÉTU

Numéro Printemps-Été 2019

Vacance N°7

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