Haïti

A vivre en Haïti et nulle part ailleurs

A vivre en Haïti et nulle part ailleurs

Entre Cuba et République dominicaine, elle n'a rien à leur envier : des plages paradisiaques, des paysages somptueux,  une culture unique, intense et vivante, et le tout préservé par l'histoire et un peu de bénéfique indolence des grands circuits touristiques. Mais la volonté d'exploiter le filon est maintenant là, et les investisseurs aussi. Haïti, c'est maintenant.

 

1

Lézarder sur les plages vierges de Ile à Vache

Si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer : Île à Vache concentre, en vrai, tous les clichés d'une île paradisiaque : une miette de 13 kilomètres de long posée sur la mer caraïbe, bordée de plusieurs dizaines de plages de sable blond, riche de la plus grande forêt de mangrove du pays. Sous l'eau, des épaves et des récifs coralliens riches d'une faune colorée, sur terre, de petites maisons aux couleurs douces, et des têtes de bétail qui broutent – d'où le nom de l'île. Un petit paradis intouché. Mais les plans de développement – massifs : aéroport, héliports, golf, chambres d’hôtel par milliers - sont lancés : alors vite : Ile à vache est dans l'intervalle si fragile et si court où les choses sont simplifiés – accès, logement, facilités, et où l'île garde encore son âme.

Jérôme Galland

 

2

La forêt de pins d'Hispaniola

A Haïti, la déforestation ne date pas d'hier. Au début des années 1960, une bonne moitié de la forêt avait déjà disparu. Puis tout s'est accéléré : l'épouse de « papa Doc » et d'autres proches du régime, propriétaires des terres boisées, ont dévasté presque tout ce qu'il restait des forêts, pour en faire de l'huile de résine servant à l'aéronautique américaine. Il reste 2% des forêts aujourd'hui. Des pins mélangés aux feuillus jusqu'à 2000 mètres d'altitude, puis exclusivement des conifères. Une cinquantaine d'espèces y sont menacées. Les prévisions les plus pessimistes prédisent une disparition totale de la forêt d'ici une poignée d'années.

Yann Guiguen

 

3

Profiter de l'âme de Cap-Haïtien

Le charme, c'est fragile. Quand on flâne dans Cap-Haïtien, on se dit que que ces belles demeures historique mériteraient un coup de peinture – ou plus. On se dit que son front de mer, agrémenté de quelques arbres, de quelques restaurants face à la mer, serait sans doute encore plus beau. On se dit que ça va arriver, sans tarder. Les cafés de bric et de broc sur lesquels on tombe par hasard, et où il fait si bon parler de tout et de rien avec le Capois qui sirote sa bière à la table d'à-côté risquent fort de disparaître. Les étoffes en vrac du marché d'à-côté seront remplacées par des souvenirs calibrés. Ce sera plus propre, encore plus beau sans doute. Ce sera moins magique.

Jérôme Galland


4

Emprunter le sentier de Montrouis

A travers rizières et bananeraies, la « route des rails » mène jusqu'au village portant ce nom. On y croise des chevaux qui paissent en liberté, quelques oiseaux un peu farouches, de belles plantes tropicales. On passe par une vieille usine qui date du temps des colonies, on s'arrête à la source Cadenette, site de culte Vaudou où les enfants du village barbotent comme tous les enfants du monde dès qu'il y a de l'eau fraîche. Dans le village, on explore un petit port actif, et un marché pittoresque. Sous peu, la balade, maintenant proche du grand hôtel sur la plage de Montrouis, perdra de son authenticité.

James Estrin


5

Voir des grenouilles de toutes les couleurs

Il y a la grenouille épineuse verte d’Hispaniola, dont les bébés d'un vert presque fluo ressemblent à de petits bouquets de mousse décoiffée. Lorsqu’elles grandissent – elles deviennent les plus grandes grenouilles des Caraïbes, leur couleur s'adoucit, elles peuvent même virer au brun, au rouge, mais gardent leurs épines. Il y a la grenouille jaune des grottes, avec ses grands yeux rouges, ses longs doigts finis en ventouses, et ses jambes de nageuse de compète. Il y a la minuscule grenouille à taches de Macaya , dont le croassement ressemble au crissement grillon. Il y a la grenouille télégraphe du Sud, sorte de fashion victim au costume changeant, vert, bronze, rouge, bordeaux, rayée ou non. Il y a la rainette arboricole géante d’Hispaniola, la plus grande grenouille arboricole dans le monde. Il y a  la rainette verte géante d’Hispaniola, trop classe, toujours souriante, gantée d'orange et aux doigts bleus. Il y en a tant d'autres, pour le moment, mais pour combien de temps ? Sur les 82 espèces d'amphibiens présents sur l'île ; plus de 60 sont menacées d'extinction.

Automne-Hiver

Vacance N°8

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