Dubaï & les Emirats

Le Dubai Frame, point de vue unique

Le Dubai Frame, point de vue unique

Un cadre vide n’entourant aucune œuvre, l’art contemporain a déjà donné. Mais comme à Dubaï, jamais. The Frame est une structure géante (150 mètres de hauteur) qui n’a d’autre vocation que d’offrir un tableau en perpétuel évolution puisqu’il est composé par la ville et le ciel. Magique.

Pour ce qui concerne les vues d’en haut, Dubaï excelle. Au minimum en grimpant jusqu’à l’observatoire circulaire et vitré du 148ème étage (sur 163) de la tour Burj Khalifa. On n’a jamais fait plus haut dans le monde puisqu’elle culmine à 828 mètres de hauteur. Tous les records ayant vocation à être battus, l’émirat annonce déjà une future tour qui dépassera le kilomètre d’altitude. Inauguration annoncée du côté de 2020, lorsque Dubaï deviendra le centre du monde grâce à Expo 2020, l’exposition internationale consacré au futur de l’humanité. Les pavillons de 190 pays feront la démonstration de nos lendemains radieux auprès des 25 millions de visiteurs espérés, entre le 20 octobre 2020 (lire 20-10-20) et le 10 avril 2021. Une excellente occasion d’aller passer quelques jours au pays des mille et un néons.

 

Facétie architecturale

En attendant, Dubaï s’active comme jamais pour préparer son entrée en scène. L’émirat de toutes les démesures, de toutes les folies aussi, veut s’imposer avec classe et brio. Déjà, quarante appareils d’Emirates, la compagnie nationale, ont été dotés d’une nouvelle livrée aux couleurs et au logo de l’événement. Comme des bulles de champagne pétillant sur la carlingue. Ou des figures stylisées de moucharabieh. Comme on veut. Les deux peut-être, même si l’alcool reste interdit à Dubaï et n’est servi qu’à l’abri des grands hôtels. Heureusement, la capitale de l’émirat en compte actuellement 600 parmi lesquels 145 affichent cinq étoiles à leur fronton. Les grandes soifs ne durent donc jamais bien longtemps.

 

Frame de Dubai

 

Parmi les attractions du jour, l’oasis de toutes les audaces (une miniature de 4 114 km² peuplée de 2,8 millions d’habitant dont à peine 200 000 nationaux) se montre assez fière de sa dernière facétie architecturale, The Frame, le cadre, comme ceux dont on entoure les peintures pour les mettre en beauté. Sauf que celui-ci est géant et qu’il restera nu. Il se dresse au milieu du parc Zabel, un îlot de verdure dessiné à l’écart du centre de la ville, manière pour le concepteur de l’œuvre de l’admirer sous un angle inédit. Mission accomplie.

 

Acier et nitrate de titane

La structure est simplissime : deux piliers verticaux de 150 mètres de hauteur et, une galerie supérieure qui les réunit au sommet, 93 mètres de longueur. Unique au monde, même si certains évoquent évidemment la Grande Arche de Paris La Défense. Dans l’idée, admettons, dans la réalisation, non.

The Frame a été imaginé par un architecte mexicain, Fernando Donis, qui souhaitait rompre avec les délires de ses confrères, tours tordues, vrillées, penchées, déstructurées… Retour à la simplicité, au zen, au minimalisme, au rien.

Projet retenu, chantier ouvert, budget de 450 millions de dollars posé sur la table, construction menée jour autant que nuit et ouvrage prestement inaugurée. Sauf qu’entre-temps, le créateur de « l’œuvre » a été écarté, viré, sans être consulté sur la finalisation de son projet. Lui, voyait son cadre intégralement blanc, ceux qui l’ont remplacé ont préféré le doré avec 15 000 m² de lamelles d’acier trempées dans le nitrate de titane. En plein soleil, c’est épatant. Le procès est en cours, Donis réclame une grosse pile de billets.

 

Parfum sépia des jours heureux

Au-delà de ces débats sur le droit d’auteur, retenons le premier argument de The Frame : on le voit de loin, très loin, puisqu’il est construit à l’écart de tout. Il flashe. Ensuite, effet spectaculaire garanti à regarder cet étrange rectangle dont on ne comprend pas le sens, dopé par l’inévitable question « mais à quoi ça sert ? ». A rien, justement, sauf à interroger sur le sens de l’architecture contemporaine et à en faire une animation en soi auprès des curieux.

 

 

Car The Frame vit. Comme un symbole en phase avec Expo 2020, l’édifice présente une double exposition sur le passé et le futur de Dubaï. La première se visite dès l’entrée et conduit jusqu’aux ascenseurs. Elle présente le Dubaï d’avant, il y a une éternité, moins de 50 années, lorsque l’émirat vivait de dates, de caravanes et de villages aux murs de terre battue. Touchant, même si la carte postale est fortement idéalisée. Après ce parfum sépia des jours heureux, décollage vers le ciel. En 45 secondes la cabine grimpe au sommet de l’édifice. Et là, place au high-tech, écrans tactiles a gogo et vue panoramique sur la mégapole de verre et d’acier sortie des sables en un claquement de doigts. Bluffant. Surtout à regarder le skyline dominé par Burj Khalifa qui trace à la manière d’un râteau le triomphe de celle qui fait le pari de transformer son peu d’or noir en scène à très grand spectacle.

 

Allée de verre

Le meilleur reste à venir. Surprise, le plancher de la partie supérieure du cadre est en effet… vitré ! Une allée transparente glisse sur 93 mètres au-dessus du vide. Et voici les visiteurs qui n’osent pas faire le premier pas, les téméraires qui se lancent à grandes enjambées, même pas peur, les hésitants, vite conquis… Tous en finissent la mine totalement réjouie. Qu’on se rassure, deux allées opaques glissent de part et d’autre de la promenade de verre. Les victimes du vertige sont sauvées.

Pour en terminer, ils sont conviés à applaudir un film futuriste, vision de Dubaï dans cinquante ans. La circulation en ville, autant terrestre qu’aérienne, les gratte-ciel garnis de jardins suspendus, les promenades dans le parc avec les bambins aux anges, les œuvres d’art monumentales, les robots médicaux, le sport, la conquête de l’espace, les premiers pas sur Mars… Le tout, à la gloire de l’émirat et de son guide inspiré, Cheikh Al Maktoum.

Cette apologie 3-D à la réalisation dernier-cri autorise à prendre un peu de recul, quelques centaines de mètres, histoire de revoir ce cadre dans son ensemble. Vide ? Mais non ! Il entoure un tableau qui change en permanence, ciel bleu, nuages légers, cumulus potelés, sombre d’un orage menaçant, plein soleil… Cette œuvre d’art 100% nature se révèle de parfaite poésie.

 

Par

JEAN-PIERRE CHANIAL

 

Photographies : ©creativefamily  / ©Kairi Aun / ©neiezhmakov / stock.adobe.com

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