Cuba

La diagonale de la cumbia

La diagonale de la cumbia

Les genres musicaux ont toujours circulé d’un pays à l’autre dans l’Amérique hispanique. Le tango de Buenos Aires a trouvé une autre capitale avec Medellin, en Colombie. Le langoureux bolero, d’origine espagnole, a vraiment éclos à Cuba et rebondi au Mexique. Née à New-York, la salsa (sauce) porte en son nom le mix Cuba x Porto Rico. Et la cumbia ?

 

Comment, partie des campagnes colombiennes de la côte atlantique dans les années 1 800, s’est-elle retrouvée au Mexique, à Panama voir au Pérou, pour finalement rebondir dans les banlieues chaudes de Buenos Aires, en « cumbia digital » à l’aube du 21° siècle ? A Paris aussi, la cumbia dans tous ses états a ses soirées (« Mama Cumbia Sound System »), ses DJs (Captain Cumbia, Pedrolito) et surtout son public, peu communautaire, où on croise aussi les adeptes du balkanique ou du dancehall jamaïcain, plus que celui de la salsa. Normal, les salseros pratiquent des chorégraphies parfois compliquées, alors que pour la cumbia, il suffit d’avoir ses deux pieds et un (bon) sens du tempo. Plus ou moins rapide, parfois en lisière du lascif. Longue histoire, donc, que celle de ce genre musical rural né des esclaves afro-colombiens, et qui a résisté à toutes les répressions comme à toutes les modes, parfois en émigrant vers d’autres cieux d’Amérique Centrale, Mexique ou Panama, en s’enrichissant à l’occasion d’ingrédients (et d’instruments) indigènes, mais sans changer d’apparat. Toujours est-il que dans les années 1960, la cumbia reste avec le vallenato le rythme et la danse inoxydables de Colombie.

Belle voiture à Cuba

Getty Images

Première digression inspirée de son époque, la chicha péruvienne, improbable mix psyché-surf music avec guitare sixties, sur ce tempo paresseux, passé aux oubliettes avant d’être exhumé dans les années 2010 par un groupe franco-latino de New-York, la Chicha Libre. Le rythme colombien a bel et bien ressurgi à quelques milliers de kilomètres de ses bases, à Buenos Aires. A l’origine de ce rebondissement dit « cumbia digital », un collectif et un label, ZZK. Quoique… Disons que ZZK s’est monté sur les vibz de ce courant, qui a longtemps grandi dans les marges. Une bande de bricolos qui se sont approprié les facilités de la technologie, avec moult sons vintage (synthés sixties, boîtes à rythme première génération), et infrabass empruntés à Miami.

Bar de La Havane

Emiliano Granado/REDUX-REA

Electro-rigolo, en quelque sorte, avec en fond (et en mots) cette tendance alter-rebelle qui prospère sur les ruines de la politicaillerie argentine. En plus, le phénomène n’est pas seulement parti des soirées ZZK dans les clubs ou les troquets du centre de Buenos Aires, mais aussi du « Sur », cet interminable sud jadis chanté par le king du tango Carlos Gardel. Encore aujourd’hui, à Temperley ou Banfield, banlieues au nom anglais, et aux enfilades de pavillons de briques à l’identique, plus britiche que nature, des hangars branlants accueillent le week-end des masses de jeunes souvent sans boulot, que la cumbia electro… électrise. Une cumbia à l’occasion mâtinée de raggamuffin mais aussi d’ingrédients chamamé (le rythme rural du nord argentin) voire andins. Certains anciens de l’underground porteño (de Buenos Aires) s’y sont mis, tel Gaby Kerpel, devenu King Coya, qui a propulsé une pétillante voix, La Negros, dont le « Viena de mi » est déjà repris par les radios européennes et latino-US. D’autres DJs-producteurs ou collectifs, comme les Frikstailers ou Cumbia Binary Orchestra (avec « Gigante », tube de dancefloors) ont sorti leur album en Argentine (et sur le net). Il y a aussi Emiliano Gomez, alias El Hijo de la Cumbia, précurseur du mix cumbia/ragga.

art de rue dans des escaliers

Emiliano Granado/REDUX-REA

Ailleurs, la cumbia se globalise, tout en gardant sa spécificité, ainsi le hip hop des Mexicains multi « awardisés » Calle 13, les Texans du Grupo Fantasma, MIS (Mexican Institue of Sound) ou Nortec Collective de Tijuana et encore, entre France et Argentine, l’excellent songwriter et multi instrumentiste Axel Krygier. Enfin, pour aller bien plus loin, de Melbourne, Australie, The Cumbia Cosmonauts. Histoire de refermer ce cercle caliente, les Colombiens nous offrent Ondatropica, sorte de all stars de la cumbia, autour de l’Américain Will Holand, pilier du groupe Quantic. Vraiment, la cumbia a de beaux jours (et de belles nuits !) devant elle. 

 

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