Mongolie

Immersion nomade en Mongolie

Immersion nomade en Mongolie

Hier au centre d’un empire colossal érigé par Gengis Khan, la Mongolie n’a rien perdu de sa superbe. Si sa capitale bataille face aux sirènes de la modernité, l’immensité des steppes, les dunes du Gobi et les traditions nomades restent ses plus précieuses richesses. Un voyage dans l’infini.  

 

Oulan-Bator affiche un drôle de visage. La statue de Kubilai Khan (petit fils de Gengis) contemple huit siècles de conquêtes et un empire qui à son apogée s’étendait de la Chine à l’Europe de l’Est. Aujourd’hui ce pays, encore 2,5 fois plus grand que la France, se trouve face un nouveau défi : trouver sa place dans le XXIe siècle. Hébergeant la moitié de la population (3 millions d’habitants) elle hésite encore entre les gratte-ciel du centre et les yourtes de banlieue. D’un côté, une nouvelle classe enrichie grâce aux abondantes ressources minières du pays, qui part le week-end, jouer au golf dans la vallée de Terelj. De l’autre, d’anciens nomades abandonnent la steppe pour tenter leur chance, quitte à vivre sous le seuil de pauvreté. Le voyageur lui, peut se permettre le chemin inverse.

Laissant disparaître la ville dans le rétroviseur du 4x4 russe ou japonais, on file alors au sud-ouest jusqu’au pied des dunes de Moltsog Els. Contraste saisissant après des kilomètres de platitude. Vision féerique des premiers chameaux ondulant sur le sable abricot. À plus de six cents kilomètres de là, se trouve le site de Bayanzag sur lequel en 1922, Roy Chapman Andrews découvrit ossements et œufs de dinosaures, aujourd’hui exposés au musée d’histoire naturelle d’Oulan-Bator. Retour au présent et au vert dans le Parc National Khustain Nuruu. 500 km2 protégés de l’appétit vorace des foreuses, dans lesquels cavalent librement les chevaux de Przewalski. On les observe s’abreuver lorsque les derniers rayons du soleil caressent la plaine herbeuse, notre guide raconte comment cette espèce sauvage, la dernière de la planète, a été réintroduite en Mongolie après un passage par les Cévennes ! Apprenant que le loup, totem de l’esprit mongol, rôde également dans les parages, on se réfugie pour la nuit dans une yourte de la vallée de l’Orkhon. Alors que la température chute librement à l’extérieur, le confort du poêle à bois se double d’une décoration chaleureuse. Le verre d’airag, lait de jument fermenté, finit de rosir les joues et borde une nuit bien méritée.

chevaux sauvages en Mongolie

Pei Guoqing/XINHUA-REA

Départ matinal. Le 4x4 rebondit entre les boucles de la rivière et les coulées basaltiques. Sous un ciel immense, apparaît enfin Erdene Zuu, le plus ancien monastère bouddhiste du pays. Fondé en 1586, ce lieu réunissait à son apogée une centaine de temples et près de 1 000 moines. Il renferme aujourd’hui encore de magnifiques fresques murales, des sculptures et des ouvrages témoignant de l’influence du bouddhisme lamaïste en Mongolie. Cet après-midi, au pied des spectaculaires montagnes sacrées de Khögnö Tarna, herse de granit tranchant la frontière entre steppe et toundra, nous rencontrons une famille d’éleveurs nomades. Un échange timide et souriant qui permet d’en apprendre plus sur les liens qui unissent le peuple mongol à cette nature rude et grandiose.

Ainsi, passé Kharkhorin, capitale de la nation au XIIIe siècle, les nuits sous la yourte se font de plus en plus naturelles et les journées passées à dérouler l’immensité font douter de la vie en vase-clos. À l’alunissage sur le Mont Bogd succède le vert tendre ou paissent les troupeaux de chameaux annonçant un autre monde : le désert de Gobi. Calés entre leurs deux bosses, on grimpe sur les dunes de Khongoryn Els, les plus grandes de Mongolie. Spectacle grandiose de ces vagues géantes figées que le vent fait chanter. Frissons devant l’ampleur du labyrinthe renfermant les aventures humaines les plus extrêmes. La route du lendemain grimpe sur les contreforts de l’Altaï. On entre dans un monde purement minéral. Au milieu de nulle part, un cavalier exerce son aigle à la chasse. Un camp de yourtes traditionnelles, judicieusement intégré à l’environnement, accueille notre dernière nuit avant le retour à la civilisation. Alors, on se rêve faucon, survolant la rivière gelée des gorges de Yolin Am. Nomade pour l’éternité.

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