Inde

Tamil Nadu, L’Inde éclatante

Tamil Nadu, L’Inde éclatante

C’est l’Inde où les couleurs éclatent : les plus beaux saris, les temples les plus fous, les guirlandes de fleurs à tout bout de champ, dans les cheveux, sur les tableaux, sur les pare-chocs des voitures et autour des cornes des vaches sacrées. Comme un cocktail vitaminé heureux.

 

Une porte d’entrée entre plage et dieux

A ma première arrivée à Madras, je me demandais si j’y trouverais, en traînant dans les marchés, ces  cotonnades colorées qui ont fait la notoriété de la ville. Aïe! Madras hurle de klaxons en colère, pue les gaz d’échappement, nous jette à la figure sa pollution et sa misère, mais qu’est-ce que je fais là ? Vite, un bus, une voiture, l’Inde est terrifiante… Ouf ! Dès les portes de la ville passée,  Mahäbalipuram donne envie de se poser pour ne plus repartir. Côté repos, le village nonchalant et la plage de sable fin,  côté culture,  les grottes sculptées dans les rochers, et pour allier les deux les temples de Rajasimmeswaram et Kshatriya Simmeswaram posés sur la plage comme deux gros châteaux de sable. Des vaches passent, aux cornes bariolées selon un code graphique qui m’échappe, à moins que ce soit juste pour faire joli. Je suis conquise. C’est bien un coup de l’Inde, ça, faire fuir pour mieux hameçonner…

Marina Beach Madras Tamil Nadu Inde

 

Des temples-villes

Partout dans l’Etat, à Madurai, Trichy, Tanjavur, Chidambaram, Kanchipuram et Tiruvannāmalai, on entre dans les temples, et on reste dans la ville. Le sacré est partout en Inde, et le profane rentre dans les temples dravidiens, officiellement – les immenses murs d’enceinte qui ceignent les sanctuaires semblent à la fois infranchissables et poreux, nous sommes bien en Inde, où tout et son contraire s’expriment simultanément, à chaque pas.  Ça fait ses devoirs dans la fraîcheur, ça profite de l’ombre pour faire une sieste, ça discute et ça prie. Les odeurs se mêlent. Celles de la vie qu’on a emmenée,  pique-niques épicés, beedies fumantes, vêtements propres et peaux  musquées, et les notes mystiques du camphre, de l’huile des bougies, du parfum des offrandes fraîches, noix de coco, jasmin, rose. A y bien regarder pourtant, chaque enceinte successive emmène plus loin dans le sacré. Il y a les marchands de tout, puis les marchands d’offrandes, puis plus de marchands du tout. On croise l’éléphant du temple, maquillé comme une voiture volée, qui, contre une poignée de roupies qu’il aspire élégamment, nous bénit d’un coup de sa trompe sur notre tête. On pénètre dans un hall de colonnes. La lumière tombe du plafond à travers la pierre vieillie par l’histoire sacrée, où l’atmosphère sombre et enfumée d’encens donne au rai de lumière l’allure d’un sabre. On marche vers le Saint-des-Saints, réservé aux brahmanes, sous mes pieds nus le ciment usé refroidit ma peau, avec douceur, et je doute d’être tout à fait athée. La musique de la puja démarre, entière, trop pleine, suffocante, puis lancinante, puis hypnotique, et m’amène par cortèges de litanies  à l’envie d’être religieuse, de faire partie de la grande fête collective.

 

Temple de Minakshi Madurai Tamil Nadu Inde

 

Une parenthèse aux accents français

Quelque chose change lorsqu’on arrive à Pondichéry. Est-ce sa situation cool, la cité qui s’étire sur le front de mer, le je-ne-sais-quoi de frais et serein qu’ont toutes les villes du monde qui s’ouvrent vers l’Océan ? La promenade qui longe l’eau donne le choix entre les plaisirs et les postures. Position numéro 1 : en suivant une ligne parfaitement parallèle à la mer, debout, cheminer d’un pas lent. Position numéro 2 : face à la mer, en tailleur, méditer  sur le bleu de l’eau qui se mêle au bleu du ciel, périodiquement crevé par un corbeau qui passe. Position numéro 3 : dos à la mer, s’accroupir à l’indienne, et choper au passage des petits bouts de vie, le vendeur de ballons de baudruche qui négocie une vente groupée, une discussion animée en français épicé qui parle de bijoux et de fêtes, un groupe de jeunes qui dragouillent, un gendarme qui passe, semblant sorti d’un film des années 50 avec son képi rouge. Le fait est là : dans la cacophonie indienne, Pondichéry marque par son relatif silence, prélude à la bulle de sérénité qu’offre Auroville, la bulle d’utopie où l’on peut aller faire un tour, passer quelques jours ou des mois, à deux pas.

Madras Tamil Nadu Inde

 

Des femmes-icônes

Leurs corps sont bâillonnés par des mètres de couleur. Le tissu trop large des saris vifs laisse passer l’air chaud et les regards égarés des hommes. L’épiderme semble doux-suave, d’une teinte allant du caramel brûlé à l’ébène, sentant sans doute les épices d’une nourriture enflammée et la peau brute des indiennes passée à l’huile et aux produits de beauté. Le drapé de la soie ondoie au creux des peaux et vole en rase-mottes entre le ciel et les grains de chair. Les nuques libres font voir de longs cheveux noirs emmêles de bouquets de fleurs fraîches (roses, jasmin, œillet d’Inde). De l’autre côté, le visage pur se grave d’un bijou de nez, d’un trait de khôl, de la tikka colorée qu’aura apposée sur le front le brahmane du temple, et parfois d’une mouche, qui se balade en gros plan, caresse de ses pattes les lignes de la peau, sans que la déesse s’en émeuve. Femmes des villes ou femmes des champs,  l’allure des femmes du Tamil Nadu a scellé mes voyages. 

 

« C’est bien un coup de l’Inde, ça, faire fuir pour mieux hameçonner… »

 

LES BONNES RAISONS D’AIMER LE TAMIL NADU

 

  1. Pour se retrouver : faire un stage de méditation ou de yoga, et / ou passer quelques jours dans un ashram à Pondichéry.
  2. Pour se métamorphoser en Maharani : s’essayer au Bharata Natyam, la danse traditionnelle indienne de la région, se prendre la tête sur les positions de doigts, les déhanchés de cou, muscler ses cuisses en fuselé avec les positions semi-flex, taper des pieds à-plat au sol au rythme des claquements de mains,
  3. courir les marchés à la recherche de la soierie adéquate,
  4. discuter avec les mains dans l’échoppe lilliputienne d’un tailleur qui en fera en quelques heures une tenue de princesse,
  5. choisir la version show off en allant visiter les studios de cinéma ( Madras devient un concurrent de Bollywood).
  6. Pour prendre le vert après les temples : aller faire un tour en montagne, au bord du lac de Kodaikanal. 

 

Photographies

JEAN-MARC DELTOMBE