Zambie

Les plus beaux paysages de Zambie

Les plus beaux paysages de Zambie

Il faut reconnaître que le pays est un peu éclipsé par ses voisins. C’est à la fois une injustice et une chance. Une injustice parce qu’il a autant de titres qu’eux à l’intérêt des voyageurs. Les plus beaux paysages de Zambie en convainquent aisément. Une chance, car cette terre de plateaux et de collines, embrassée à l’ouest et au sud par le Zambèze, fixée au nord-est par le lac Tanganyika, dépositaire d’une faune splendide, est encore à découvrir.

 

  1. Lunsemfwa Wonder Gorge
  2. Kafue Flats
  3. South Luangwa
  4. Mafinga Hills
  5. Lower Zambezi National Park
  6. Les chutes Victoria

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Lunsemfwa Wonder Gorge

Dans l’est de la Province centrale, à cent cinquante kilomètres de Kabwe, hors-piste touristique. On n’arrive pas par hasard à Bell Point, au-dessus de la confluence des rivières Lunsemfwa et Mkushi. Passé le dernier village, la route monte, tout à fait isolée, à travers une forêt dense. Puis débouche brusquement sur un panorama à couper le souffle. Les gorges sont profondes de près de trois cents mètres, puissamment encadrées de roches âpres aux reflets çà et là rougeâtres. L’eau permet la venue d’une végétation assez serrée, qui remonte autant qu’elle le peut le long des pentes, y poussant comme des bras buissonneux. Du lieu-dit Bell Point, la vue s’étend sur des kilomètres d’un paysage alignant d’énormes plissés minéraux, nappés de miombo, entre lesquels plane l’aigle de Verreaux. On ressent ici la force des phénomènes géologiques. Et, si l’on descend - attention, la pente est raide - au bord de la Lunsemfwa, le cours relativement paisible de celle-ci, où clignote la lumière filtrée par les feuillages, invite à méditer la longue patience jointe à cette force.

Lunsemfwa River

Dylan Barnes

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Kafue Flats

Cette vaste zone de marais, étangs, plaines humides, bras morts, s’étend de part et d’autre de la Kafue River sur près de deux cent cinquante kilomètres de long et jusqu’à cinquante de large (du sud de Lusaka à l’est du Kafue National Park). Forêts et patches herbeux complètent un paysage miroitant, solide et liquide à la fois et successivement. Ces formations appartiennent aux prairies inondables zambéziennes, comme la plaine du Barotse, à l’ouest du pays, ou le delta de l’Okavango au Botswana. C’est un territoire de petits fermiers et d’éleveurs. Dans le secteur, deux parcs nationaux ont été établis : Blue Lagoon au nord et Lochinvar au sud. Tous deux anciens domaines agricoles. Le cob de Lechwe est le représentant saillant des mammifères locaux. Avec ses longues cornes en forme de lyre, il fait une belle tête de gondole. Les zèbres aussi abondent, parmi bien d’autres espèces. Les oiseaux sont pourtant ceux qui profitent le mieux des conditions des Flats. Jabiru, grue caronculée, aigrette vineuse, vautour oricou, râle des genêts s’y taillent la part du lion.

Paysages de Kafue Flats

Mike Myers / Wilderness Safaris

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South Luangwa

Dans le centre-est de la Zambie, le long de la Luangwa River, c’est un parc de savane arbustive. Le miombo - Brachystegia - ombrageant les secteurs humides, le mopane - Colophospermum - les secs. Ou bien : celui-ci au fond de la vallée et celui-là sur le haut des pentes. Au bord de l’eau, quelques petites plaines inondées font le bonheur des hippopotames. Les ondulations du paysage lui donnent un aspect doux, sur quoi de grands ciels jouent quelquefois des partitions dramatiques. Les animaux font partie intégrante du tableau. Ainsi la girafe de Thornicroft, dont les formes sculpturales doublent celles des arbres dont elle se nourrit. Ou le zèbre de Crawshay, que sa robe voue aux effets graphiques. Par leur masse, les troupeaux de gnous ou de buffles du Cap, les éléphants occupent le terrain, lui donnent ponctuellement un aspect mouvant. Ainsi, morphologie, faune, flore, le tout est-il plus dynamique qu’on l’imagine peut-être ; sans évoquer ce que la lumière, dans son déploiement et sa résorption quotidiens, apporte de variations chromatiques.

Girafe dans le South Luangwa

ALCE/Fotolia

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The Mafinga Hills

A la frontière du Malawi, les Mafinga Hills sont un plateau collinaire où se trouve le point culminant de la Zambie : deux mille trois cent trente-neuf mètres. Des crêtes escarpées se dressent au-dessus de pentes herbeuses assez raides, coupées de ravines. Des sommets érodés ont l’aspect de boulders colossaux. Couvert de miombo, d’essences propres à l’afromontane (conifères notamment et herbes), de forêts riveraines. Le paysage est varié, contrasté, mouvementé. Du jaune lumineux de quelques pistes à l’orangé africain, toutes les nuances de l’ocre. Avec les éclats parfois d’un vert particulièrement intense. Les villages sont encore composés de huttes traditionnelles. Le léopard laisse deviner sa présence : il est d’un tempérament discret. On rencontre plus fréquemment l’hyène tachetée et le babouin cynocéphale. Encore, pour cela, doit-on faire l’effort d’un voyage dans une région écartée et exigeante ; emporter ce qu’il faut de ravitaillement ; prendre contact avec les habitants de la région pour diverses questions logistiques. Et le jeu en vaut la chandelle, car l’Afrique d’altitude est infiniment séduisante.

The Mafinga Hills

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Lower Zambezi National Park

Les barrages n’on pas dompté le Zambèze. Il reste mal navigable, imprévisible, abondant, peu propice aux tâches triviales que les hommes imposent aux fleuves conciliants. En revanche, il est un don pour la nature, à laquelle il fournit des moyens de profusion. On s’en aperçoit dans le parc national du Bas-Zambèze, à l’est du pays. Le domaine protégé prend appui sur la rive nord du fleuve et remonte par degrés jusqu’au Zambezi Escarpment. Demeurons au bord de l’eau. Le cours principal semble apaisé. Il n’en est pas pour cela bénin. Des bras extravaguent, noient les prairies et reviennent au lit. Ils enlacent des îles vertes ébouriffées d’arbres et de hautes herbes. A la surface de ces nappes calmes, pivotent les petites oreilles en cornet des hippopotames ; de temps à autre, c’est un large bâillement bien outillé d’ivoire. Les éléphants exploitent les berges ; canards et sarcelles, les roselières. Les martins-pêcheurs jettent des éclairs. Dans ce paysage ample et plat, la surface de l’eau constitue la ligne sur laquelle les choses touchent à leur reflet. Et à une énigmatique beauté.

hippopotames dans le Lower Zambezi National Park

Radek/stock.adobe.com

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Les chutes Victoria

On peut bien partager les grands sites naturels avec un voisin. Ainsi la Zambie et le Zimbabwe se partagent-ils les chutes Victoria. Le Zambèze ici fait le saut de l’ange. Cette chute du fleuve d’un front de presque deux kilomètres dans une gorge de cent dix mètres de large - qui va ensuite s’évasant progressivement - est un spectacle total et subjuguant : la vision de la cataracte, l’énorme nuage de vapeur d’eau, le grondement, les arcs-en-ciel, l’humidité, il y a du numineux là-dedans. D’autant que le sol manque littéralement à un fleuve qui prenait plutôt paisiblement ses aises à cet endroit. Et braoum cent mètres de vide. Les Victoria Falls sont l’un des plus beaux paysages de Zambie, mais encore d’Afrique, mais encore du monde. Elles sont l’exception, le cadeau de la géologie. Quelque chose comme, ailleurs, le cap Horn ou Ayers Rock. Un endroit où la nature parle haut. Les paysages sont fait comme ça, de régularités et de miracles. Les uns penchent pour la première, les autres relèvent du second. La Zambie possède les deux.

 

Par

EMMANUEL BOUTAN

 

Photographie de couverture : Philip Nix / Gallery Stock

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