Oman

Oman, le pays des légendes

Oman, le pays des légendes

Né d’une rencontre entre la mer et le désert, le sultanat d’Oman est toujours bercé par des légendes anciennes qui sont ancrées dans sa culture. Au carrefour des routes maritimes qui lient l’Afrique à l’Asie, ce pays du Moyen-Orient conserve des traditions fortes et une identité qui lui est propre. Loin de la folie des grandeurs de ses voisins de la péninsule Arabique, les Omanais sont entrés au 21ème siècle à leur rythme. Avec une douceur digne d’un conte des mille et une nuits…

 

La terre de l’encens

 

Par la terre, comme par la mer, de par sa position géographique, Oman est un lieu de rencontres et d’échanges commerciaux entre l’Orient et l’Occident depuis l’Antiquité. Depuis plus de 2000 ans, le pays voit passer les denrées rares qui se négocient de chaque côté de la péninsule Arabique et profite de la situation pour faire commerce de l’encens, dont l’arbre est originaire du Dhofar, dans le sud du pays. Pourtant, le pays vacille entre la fraîcheur et l’aridité, entre ses eaux douces et son sable chaud. En effet, le sultanat est d’un côté : un éclat d’azur bordé par 3200km de côtes de l’océan Indien, et de l’autre une terre brûlée par le soleil de l’Arabie. Son existence est à la fois une ode à la mer et un poème sur les dunes de sable qui ont inspiré de nombreux voyageurs.

 

Terre d'encens

 

Le désert des déserts

 

Entre 1946 et 1950, l’explorateur et écrivain britannique, Wilfred Thesiger, a traversé cette région recouverte par la plus grande étendue de sable au monde. Le Rub al-Khali, littéralement le « Quart Vide » en arabe, a d’ailleurs été surnommé à cette époque : « le désert des déserts » ; titre qu’il donne à son premier ouvrage, publié en 1978. Il a suivi pendant des mois les Bédouins qui vivent et traversent ces immensités rocheuses et ces hautes dunes de sable quasi insurmontables. Il paraît évident que la vie de ces « hommes du désert » a bien changé ces dernières années, mais les descriptions que l’on peut apprécier dans son livre très inspirant ne sont pas qu’un simple mirage. Un brin d’imagination suffit à reconstituer la traversée héroïque de ce grand aventurier même si quelques routes asphaltées traversent désormais le pays.

 

Village abandonné

 

Les dunes de sucre

 

Même si ces nouvelles routes rassurent, il est plus intéressant de s’enfoncer le plus possible au milieu des dunes, quitte à se perdre. C’est près d’Al Khaluf, sur la côte Est que l’on trouve un petit coin de paradis. Les «Dunes de sucre » se méritent mais il n’est pas si difficile de trouver l’endroit si l’on se munit d’une bonne carte et d’un GPS. A quelques kilomètres d’un petit port, une plage idyllique embrasse l’océan. C’est souvent seul au monde que l’on se retrouve, avec comme unique fond sonore le bruit des vagues qui s’échouent aux pieds de dunes... littéralement blanches ! C’est l’endroit parfait pour se baigner. Quelques dromadaires en liberté s’approchent si l’on se fait discret et c’est le parfait endroit pour admirer les rares pêcheurs qui passent au loin installés dans leurs barques en bois. Ici, le temps s’arrête et l’on veut y passer une nuit ou une vie…

 

Dunes de sucre

 

Sinbad le marin

 

A l’abri du soleil accablant, les histoires et légendes d’une autre époque continuent à être racontées. A travers le personnage de Sinbad le marin ou les récits bibliques autour de la reine de Saba, le sultanat d’Oman a inspiré nombre de récits qui sont le reflet d’un lieu singulier où s’entremêlent traditions, histoires et légendes depuis la nuit des temps. Le recueil de contes populaires d’origine persane écrit en langue arabe : les mille et une nuits font écho à ces légendes. Ces histoires découleraient de L’Odyssée d’Homère, mais pour certains historiens, Sindbad serait un récit inspiré d’un navigateur du 8ème siècle. Peu importe son origine ; une chose est sûre, ce personnage nous paraît très actuel quand on visite Oman car on a l’impression qu’il se trouve dans chaque port du pays, prêt à embarquer sur un boutre en bois. En effet, les pêcheurs de la région portent fièrement le foulard en turban enroulé autour de la tête et ont l’air de défier les marées comme si leur vie en dépendait, ou comme si leur identité se jouait encore sur les apparences.

 

Mille et une nuits

 

Une identité forte

 

Même si les Bédouins ne font plus vraiment vivre la grande tradition caravanière à travers les sables du désert, ils ont su garder une identité forte avec des valeurs et des coutumes qui leur sont propres, en particulier un amour inconditionnel pour leur sultan et une foi inébranlable dans la religion. Malgré une modernisation visible, le kandjar, ce poignard oriental à lame très large et recourbée est encore porté traditionnellement à la ceinture des hommes. Le kandjar est l’emblème d’Oman. Il est décliné sur tous les supports représentant la Nation. Ainsi, on le retrouve sur le blason, les timbres, les billets de banque, mais aussi dans le logo de la compagnie aérienne Oman Air et il est arboré par les hommes durant les cérémonies officielles comme le symbole fort du pays et de l’identité omanaise.

 

Thé et le feu à Oman

 

La poésie des oasis

 

Ce qui est incroyable quand on visite Oman, c’est qu’entre le désert et la mer, omniprésents dans les paysages du pays, on voit s’élever de luxuriantes palmeraies. Les sites archéologiques en pierre, les forteresses aux couleurs pastel et les villages en pisé construits au milieu des oasis sont tout autant les témoins d’un riche passé que des tableaux offerts au regard du voyageur amateur de poésie. Depuis plus de 1500 ans, grâce à d’ingénieux systèmes d’irrigation inventés par les Perses, les Omanais ont su donner vie à de sublimes oasis au milieu des terrains les plus hostiles. Les falajs sont des canaux creusés à flanc de montagne ou sous les sables. Ils permettent d’acheminer la précieuse eau dans les plantations comme dans les villages. Misfat al-Abriyyin est l’un des plus élégants exemples: des falajs antiques alimentent encore des palmiers dattiers qui s’élèvent au-dessus des maisons construites en étages. 

 

Oasis dans le désert

 

Entre richesses et traditions

 

De nos jours, il n’est pas difficile d’imaginer ce qu’a pu être ce pays où les dattes et le lait de chamelle étaient la base de la nourriture des bédouins. Chaque rencontre s’accompagne encore d’un café à la cardamome. L’hospitalité est un art chez les Arabes ; entre deux prières, ils accueillent leurs hôtes le sourire aux lèvres. La sédentarisation organisée autour du commerce de l’or noir ne s’est pas traduite par des gratte-ciel insolents. Même à Mascat, la capitale, la vie est douce et lente. On y découvre chaque jour comment le pays a su évoluer avec son temps. Rien n’est surfait, les Omanais vivent calmement ; se réveillent quand la marée monte et se couchent quand la brise du désert se calme. Même si le pays s’est enrichi, les nouveaux Bédouins ne courent pas derrière l’opulence. A Oman, chaque seconde paraît être une éternité.

 

Entre richesse et tradition

 

 

Par

KARES LEROY

Photographe, spécialiste de la Perse et de l'Asie-Centrale

 

 

Photographies : Jérôme Galland

Automne-Hiver

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