Chine

Caravaniers de la Soie : Chine, Kirghizistan et Ouzbékistan

Caravaniers de la Soie : Chine, Kirghizistan et Ouzbékistan

Parcourir une route que les caravanes empruntèrent pendant des siècles, chargées de soie, d’ivoire, de corail, de fourrures, d’écorces de cannelle ou de rhubarbe – voix commerciale, voix de diffusion des savoirs, des arts et des croyances, où se nouent les dialogues entre les peuples : une route qui a rapproché Orient et Occident.

Soleil brûlant, dunes de Mingsha. Dunhuang, oasis au milieu des sables, porte occidentale de la Chine. Et les 492 cavernes bouddhiques de Mogao, autrefois habitées par des moines qui offraient l’hospitalité aux caravaniers. Sur 45 000 mètres2 , leurs fresques et leurs sculptures racontent la vie de Bouddha. Train de nuit  pour Turfan – l’odeur du soja fait place à celles des épices d’Asie Centrale, curcuma, gingembre, cumin, coriandre ; et les tenues des hommes et des femmes changent elles aussi : ils portent des tuniques serrées à la taille et des pantalons flottants, elles abordent des robes éclatantes en soie artisanale, les cheveux couverts d’une écharpe d’où percent de lourdes boucles d’oreilles. Turfan : le lieu le plus chaud de la Chine – 55° à l’ombre en été. Les maisons de terre crue sont rafraichies par les vignes : la ville croule sous les treilles alourdies de raisins. Et depuis deux mille ans, le réseau de canalisations capte l’eau au pied des lointaines montagnes et l’achemine jusqu’au désert : un modèle d’architecture bioclimatique. Le train quitte la gare au crépuscule, direction Kashgar « de cette contrée partent beaucoup de marchands, qui s’en vont commercer par tout le monde », raconte Marco Polo dans son Livre des Merveilles (un des livres de voyage les plus lu qui aient jamais été écrits).  En l’ancien fief de l’âme ouïgoure, deux villes cohabitent aujourd’hui, chinoise et ouïghoure – les scooters électriques croisent les charrettes traînées par des ânes et chargées de pastèques. Mais l’immense mosquée Id Kah demeure le centre névralgique de la ville, entourée  d’échoppes de couteliers, chapeliers, et joailliers . Impressionnant bazar, charriant images toutes droites sorties de l’époque médiévale, comme si le temps s’était arrêté, et où les chameaux et chevaux sont jaugés au galop avant d’être marchandés – les affaires s’y traitent au ras du sol dans la poussière levée par les sabots. Et dans la vieille ville, les cours intérieures, les figuiers et les fontaines : tout rappelle que nous sommes plus proches d’Istanbul que de Pékin.

Andreas Hub

Route à travers des paysages himalayens, à 3 000 mètres d’altitude au pied de sommets qui culminent à 7 000 mètres. Ciel pur, désert de rocaille, vallées herbeuses peuplées de yaks, de moutons et de chameaux sauvages. Lac Karakul,  les sommets enneigés se reflètent dans le bleu profond de l’eau. On roule jusqu’à la frontière kirghize, croisant parfois un semi-remorque tadjik. Au bout d’un chemin pierreux, cerné de toutes part de hautes montagnes, le caravansérail de Tash Rabat, ancien refuge des caravaniers en route pour Kashgar – vingt dômes et un haut portail qui se dressent au sommet d’une colline. Nuit en yourte, on partage le koumis, lait de jument fermenté. Le col de Moldo Ashu pointe a 3 900 mètres. C’est l’été, et comme chaque année, les éleveurs transhument avec leurs troupeaux, ils installent leurs yourtes autour du lac Song Kul. On passe la nuit là, au bord du lac, à 3 000 mètres d’altitude – espace infini, sensation inédite de bout du monde.

Andreas Hub

A Bishkek, un vol pour Tachkent, et on rejoint Samarcande en train – les hôtesses servent du thé sur des tables ornées de napperons blancs.  Beauté saisissante de la ville-lumière des routes de la soie, où Tamerlan repose en son tombeau de jade, sous une coupole étincelante de bleu et d’or. Epoustouflante place du Reghistan, ses immenses mosquées et medersas. Au quartier juif, on flâne entre maisons en torchis et synagogue. La nécropole Chah-i-Zinda : allée de tombeaux où reposent les proches de Tamerlan, et dentelle de céramique azur ajourée d’or, qui dessine en arabesque le nom d’Allah – apothéose de l’art céramique. Boukhara – peut-être la plus douce des villes du pays ?ses rues sont piétonnes, on se perd sous les arcades du quartier juif, puis dans le tourbillon du bazar. Splendeur des remparts de l’ancienne citadelle, des medersas, des mosquées, et des caravansérails. Et après 500 kilomètres de route à travers des paysages arides, paysages nus et steppes illimitées, Khiva. Citadelle de désert ocre et bleue retranchée en ses murailles de brique, son minaret trapu – ruelles étroites, mosquées d’été, portes en bois sculptées, et partout des édifices flamboyants.

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