Grande Bretagne

Londres, musicale capitale

Londres, musicale capitale

Des Kinks à Florence + the Machine, d’Ed Sheeran aux Beatles en passant par Adele, Pink Floyd, Bowie, The Clash, les Stones… Depuis soixante ans, la première dame britannique donne le son et assure le tempo. Rendez-vous choisis.

 

Tout a commencé à l’aube des années soixante. Ils étaient ados et portaient les cheveux trop longs. Loulous de banlieue façon cuir et chaines autour du cou, collégiens énervés sapés comme des princes, se retrouvaient autour de trois accords de guitare dans des bouges qui puaient la bière et suintaient le rock n’roll. Qu’importe, ils inventaient leur nouveau monde, s’appropriaient la rue, rendez-vous sur Carnaby Street, leur boite, le Marquee Club de Wardour Street, et paradaient au sommet des hit-parades. Ainsi sont nés les Who, les Beatles, les Stones, les Yardbirds puis Cream d’Eric Clapton et mille autres. Certains as de la Fender et de la scène continuent d’arpenter la légende. Vaillants, les papys ! Quant à leurs gamins qui ont grandi avec leurs riffs et leurs tubes, ils assurent comme jamais, générant suivi et renouvellement des genres, pop, rock, dance, folk, électronique. Bref, Londres n’a jamais cessé de chanter, de danser, d’inventer.

 

Portrait de Michael Jackson

Source : Instagram

 

D’ores et déjà, rendez-vous est pris pour l’été 2018. Du 28 juin au 21 octobre, zoom avant sur Michael Jackson à la National Portrait Gallery. Le « Roi de la pop » y est salué par quarante artistes en commençant par Andy Warhol et son fameux portrait. A savourer d’un pas glissé de moon dance entre deux escales musicales dans la capitale.

 

Les Beatles en majesté

A l’autre bout de la chaine du temps, retour aux sources avec les Beatles. Evidemment. Les mômes de Liverpool qui enflammaient la Cavern avec leurs mélodies simplistes ont vite débarqué dans ce London soudain déchainé qui leur promettait la gloire. Alors, direction Abbey Road, la fameuse rue, la vraie, qu’on traverse sur le passage piétonnier à bandes blanches. Elle fit la couverture de l’album qui porte son nom (Come Together, Here comes the sun ainsi que le si raffiné Because). La station de métro la plus proche s’appelle St John’s Wood. Attention, un urbaniste étourdi, sans doute très diplômé, a cru bon de baptiser Abbey Road une nouvelle bouche ouverte à l’autre bout de la ville, sur la ligne qui mène à la gare de Stratford. Curieusement, plutôt que de réparer la bévue en trouvant un nom mieux adapté, la municipalité a choisi de poser un écriteau qui signale leur erreur aux malheureux tombés dans le panneau. En revanche, sur le vrai passage piéton régulièrement repeint, règne une pieuse dévotion. Tout le monde y va de sa photo en lieu et place de John, Ringo, Paul (pieds nus) et George, dans l’ordre. Les automobilistes du voisinage ont l’habitude, mais ne pas abuser de leur patience non plus. Savoir qu’une webcam (www.abbeyroad.com) tourne jour et nuit. Il suffit donc de prévenir ses admirateurs, de donner son heure de traversée, et le coucou de la main sera aussitôt mondialisé !

Les Beatles

Source : Instagram

Les studios d’enregistrement se trouvent juste à côté mais ne se visitent pas. Y flotte, outre celle des Beatles qui avaient déjà enregistré ici Love me do, les légendes de Pink Floyd (Dark Side of the Moon), des Shadows (Apache), Oasis (Dig out your Soul), The Killers (Sawdust), Europe (Walk the Earth) et même Claude François ou, très récemment Calogero (Liberté Chérie).

Avec un peu de chance, la boutique 100% Abbey Road et beatlemania qui jouxte la sortie du métro St John’s Wood a installé au milieu des mugs, t-shirts, casquettes et autre goodies à la gloire des Fab Four quelques exemplaires du guide complet de Londres dans les pas des Beatles signé Richard Porter, Guide to the Beatle’s London. Epatant pour retrouver l’appartement que louait Ringo, le bistro où Linda est tombée dans les bras de Paul, la boutique de chaussures qu’adorait John, celle où George essayait ses guitares.

 

Carnaby Street

Dans la même veine sixties, passage obligé sur Carnaby Street. Cette petite ruelle piétonne de Soho coincée entre Regent Street et Oxford Street, appartient au patrimoine musical britannique. Du reste, elle offre à ses visiteurs le plaisir d’une fresque murale géante composée sur le modèle de la pochette de Sergent Pepper des Beatles. C’est ici que s’est habillée toute une génération de mods, babas, beatniks, rockeurs et autres hippies. Depuis une décennie, des enseignes plus académiques, voire très normées, ont piqué les vitrines des rois du bijou bricolé main, de la nippe indienne et des fanfreluches foldingues.

 

Carnaby street

Source : Intagram

 

Reste quand même The Great Frog, le roi de la bague et du bracelet à tête-de-mort, les membres de Metallica sont des fidèles, ainsi que plusieurs cachettes pour tatouages émérites et piercing audacieux. Plus sages, voici Pretty Green, la boutique de vêtements créée par Liam Gallagher, l’un des frères Oasis, ou Dr Martens, le chausseur aux coutures jaunes sachant chausser ces chers chanteurs. Ajouter quelques repaires de créateurs dernier-cri et de décorateurs de même tendance pour assurer le bonheur du promeneur, d’autant que cet îlot qu’adorent les cartes de crédit abrite plus de 150 boutiques et une cinquantaine de bars et lieux de restauration.

 

Hendrix et Mozart

Les historiens et autres techniciens du rock savourent le quartier de Soho, du côté de Wardour Street, là où vibre encore la légende du Marquee Club, au 90. Cette boite emblématique du Swinging London accueillit toute la scène british rock, à l’exception des Beatles qui n’y chantèrent jamais. Ils furent bien les seuls. Aujourd’hui, le club a laissé la place à un restaurant (concerts en fin de semaine) mais quelques voisins gardent le tempo. St Anne’s Court par exemple, l’allée miniature où étaient logés les studios Trident. Tendre l’oreille : Queen, Genesis, Stones, Beatles, Bowie, Lou Reed, Zappa, Elton John, ils ont tous enregistré ici. Comme Véronique Sanson pour Vancouver. Ils sont désormais spécialisés dans les bandes son des séries télé et des films. Reste à s’installer dans les clubs alentour, l’indémodable Ronnie Scott’s (Frith Street) où les Who ainsi qu’Hendrix firent fureur, aujourd’hui plus paisible sous les vocalises jazzy de Dee Dee Bridgewater ou de Cassandra Wilson. Preuve que le quartier n’en est pas à sa première notre, sur l’immeuble d’en face est apposé une plaque signalant que Mozart s’était installé ici pour une année, en 1764.

 

David Bowie

Source : Instagram

 

Pousser deux pas plus loin sur Denmark Street, le rendez-vous des accros de guitares et de batteries. Une bonne dizaine de boutiques y font référence. Le basique d’une future gloire. Chaque maison, sa légende de star, chaque magasin, ses clients célèbres. Sans parler de la convivialité des lieux, un café pour joueurs en répétition, un restaurant où négocier son contrat, un mur pour afficher son annonce, vend ma Les Paul, cherche saxo, chanteur en quête de groupe, show vendredi prochain, etc.  Et pour parfaire le tableau, quelques pas le long de Berwick Street, oui, la photo est celle de l’album Morning Glory d’Oasis, où se côtoient plusieurs boutiques de vinyles. Plonger dans les bacs et caresser ces pochettes 45 et 33 tours d’un autre temps.

 

Mythes restaurés

En passant, pousser les portes d’un hôtel, d’un café-restaurant et d’une boite. Le premier, Café Royal, sur Regent Street, juste à côté de Piccadilly, a rouvert il y a cinq ans. Bar rococo divin, or et rouge a gogo, jouxtant un restaurant sublime.  A l’heure de leurs folles amours, Mick Jagger et David Bowie n’en décollaient plus lorsqu’ils venaient y conclure leur show dans une ambiance de folie. Les murs tapissés de carmin et veillés par des angelots fessus en tremblent encore (www.hotelcaferoyal.com).

 

Café Royal Londres

Source : Instagram

 

Le bistro-resto n’est autre que le Hard Rock Cafe, sur Old Park Lane. Un demi-siècle, ou presque, à collectionner guitares, disques d’or et costumes de scène. Une six cordes de Sting, une autre de Guns and Roses, la Gibson modifiée de Pete Townsend, une carte de crédit de Madona, la Fender rouge de Clapton, un manteau d’Elvis, souvenirs, souvenirs. Il y a concert en live chaque fin de semaine (www.hardrock.com/cafes/london).

Le club, enfin, c’est le Scotch dans le quartier de St James, un antre cher aux précédents à la fin des années soixante puis soixante-dix, comme aux Beatles, Hendrix, les Animals, Stevie Wonder ou les Who. On y buvait sec et on poussait la note sans micro. La maison renait depuis 2012 dans une déco cosy branchée qui fait merveille. Au bar ou à table, Stella McCartney, Jack White ou Mark Ronson ont pris la relève. Prière de commander les cocktails rois de la maison : Purple Haze, Hard Day’s Night, London Calling, etc. Hommage aux héros d’hier, il est réjouissant. (www.the-scotch.co.uk). 

 

Par

JEAN-PIERRE CHANIAL

 

Photographie de couverture

CHAD BATKA/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA

Numéro Printemps-Été 2019

Vacance N°7

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