Ecosse

Glasgow vs Edimbourg : le match en 10 rounds

Glasgow vs Edimbourg : le match en 10 rounds

Une heure de route (75 kilomètres) les sépare. Deux villes-sœur, jumelles ou ennemies, on ne sait jamais vraiment. Glasgow regarde vers l’Europe. Edimbourg, capitale de l’Ecosse, respire l’Atlantique. Heureusement, les deux vibrent à l’unisson avec leur équipe de rugby ou quand sonne l’heure d’une rasade de whisky. Pour le reste, chacune son style… Le choc, en dix rounds.

1

Quand on arrive en ville

Voiture, train ou avion ? Par la route depuis la France, il faut d’abord traverser la Manche en ferry puis se diriger vers Londres. Glasgow (600 000 habitants, les Glaswegians) est à 650 kilomètres de la capitale britannique, tout comme Edimbourg (500 000 Edimbourgeois). Les autoroutes A1 et M6 rendre le trajet rapide et sans souci. Rien n’empêche toutefois d’emprunter le chemin des écoliers pour savourer les charmes de la campagne britannique.

Sur les rails, même logique, prendre Eurostar jusqu’à Londres puis l’un des nombreux trains qui assurent la desserte pour l'Ecosse en 5 heures environ. Attention, l’arrivée depuis la France se fait en gare de St Pancras, les départs pour l’Ecosse sont assurés depuis la gare voisine de London Euston, à 20 minutes de marche. Possibilité de faire le trajet de nuit. Le coût du voyage varie fortement selon les horaires et la classe retenue. Il ne sera jamais inférieur à 200 euros par personne l’aller simple au départ de Paris.

La voie des airs est assurée par Air France, British Airways, EasyJet, Ryanair, Flybe, etc. au départ de Paris comme de nombreuses villes de province, à destination de Glasgow autant que d’Edimbourg. Le vol dure 90 minutes et coûte de 50 à 300 euros selon les dates et les compagnies. L’aéroport de Paisley (Glasgow) est à 13 kilomètres du centre (15 euros en navette, le double en taxi), celui d’Edimbourg, à 11 kilomètres (8 euros en tram, le triple en taxi). Brexit ou pas, on paye ici en Livres et on roule à gauche.

Verdict : égalité

Port d'Edimbourg

Johannes Valkama/stock.adobe.com

2

Premier coup d’œil

Clin d’œil à la France, Glasgow est jumelée à Marseille, Edimbourg l’est avec Nice. Tout (ou presque) est dit. La première a grandi avec ses usines, cultive son esprit ouvrier, aime le foot rugueux, celui des Rangers ou du Celtic, ah les soirs de derby (le « Old Firm »), on écluse les pintes à la file !, autant que le rock carré que lui ont donné ses enfants, AC/DC, Franz Ferdinand, Texas ou Dire Straits.

A l’opposé, Edimbourg, « Embra » comme on dit, la joue chic, universitaire, presqu’intello-bobo, et romantique avec son vieux château qui veille là-haut sur la colline. Ici, on est rugby sur la mythique pelouse de Murrayfield, on n’est pas peu fier d’abriter Holyrood, la résidence de la famille royale britannique, tout comme le yacht de Sa Majesté, le Britannia, et on aime souligner que l’année culturelle locale est signée par huit festivals de haute tenue, art, musique, littérature et le spectaculaire Military Tattoo en août. Résultat, un look atypique pour l’une comme pour l’autre. La vieille-ville d’Edimbourg est perchée sur une colline (un ancien volcan) dominée par un château droit sorti du Moyen-Âge. Splendide. De là part le Royal Mile, l’avenue classée par l’Unesco qui mène à la ville nouvelle dans un décor old time du meilleur effet. New Town est en de nombreux endroits une carte postale d’architecture georgienne. L’unité des constructions, les rues et avenues à la géométrie parfaite, les places et les jardins qui équilibrent le tout, offrent un plaisir permanent du regard.

De son côté, Glasgow a décidé de tourner sa page industrielle (minerais, commerce portuaire avec l’Amérique) en conviant les plus grands architectes à lui inventer un style. Du coup, s’imposent avec harmonie et quelques surprises des tours futuristes au milieu d’une ambiance Art nouveau très dépouillée inspirée par Mackintosh, le maître-penseur de la ville à la fin du XIXème siècle.

Verdict : avantage Edimbourg

 

Cornemuse

Dagmar Schwelle/LAIF-REA

3

Dans de beaux draps

Les deux villes affichent quasiment le même confort hôtelier, entre chaînes internationales, palais historiques transformés en cocon de luxe, établissements fonctionnels à prix serrés, logement chez l’habitant, etc. Toutefois, Edimbourg a pris récemment une longueur d’avance avec l’ouverture de plusieurs boutique-hôtels de grand charme et de petite capacité installés dans des maisons anciennes.

Verdict : avantage Edimbourg

Façades à Edimbourg

littleclie/Getty Images/iStockphoto

4

Et on mange quoi ?

Peu de différences évidemment entre les restaurants de Glasgow et ceux d’Edimbourg. Sauf à noter que la seconde s’honore de quatre adresses dans le guide Michelin ainsi que d’une formule originale qui réunit chaque samedi une quarantaine de food-trucks sur Pitt Street où les clients partageant de grandes tables en bois. Sympathique et convivial. Glasgow n’a pas semblable faveur mais s’est mise à l’heure des repas branchés en version internationale.

Sauf à l’exiger, inutile de redouter la panse de brebis farcie (un plat injustement décrié à cause de son nom), toutes les viandes bouillies et la jelly vert pomme. Faute de gastronomie écossaise avérée, profiter des poissons et des volailles de la ferme avec légumes du potager travaillés par des chefs inspirés. Enfin, le quadrillage des deux villes par des (vraies ou fausses) tables italiennes colmate toutes les faims.

Verdict : avantage Edimbourg

Pub en Ecosse

Dagmar Schwelle/LAIF-REA

5

Par ici la visite

Outre le plaisir de la promenade à pied, un vrai bonheur dans les deux villes, c’est l’histoire et les musées qui guident le programme. A Glasgow, marcher l’œil aux aguets des belles façades, des immeubles anciens stylés et de la statuaire urbaine. Ici, ni tag, ni graffiti, on respecte l’histoire. Ne pas manquer le cœur de la ville, son parc (Glasgow Green) dessiné le long de la rivière Clyde, avec son Palais du Peuple, aujourd’hui musée d’histoire. Viser le marché aux puces (Barras Market), merveilleuse caverne d’Ali Baba ordonnancée de manière très britannique. Enfin, direction les musées, pratiquement tous gratuits : en particulier la Kelvingrove Art Gallery pour son large éventail de trésors et ses peintures dont le Christ de Dali, ou le flamboyant Riverside Museum…

Edimbourg n’est pas en reste. A commencer par son château dont les premières pierres ont été scellées au XIème siècle. Il est le symbole de la ville et la fierté de l’Ecosse au nom de toutes les batailles contre les Anglais dont il fut l’enjeu. Autre mythe, Holyrood, la résidence locale d’Elizabeth II. A visiter pour son ambiance royale. Dans la vieille-ville ne pas manquer Grassmarket où les étals sont dressés chaque week-end, puis pousser la porte des musées. Entre autres, la Scottish national Gallery pour ses peintures classiques ainsi que son pendant pour l’art moderne, le One and Two, avant de céder à l’appel du Britannia, le "palais flottant de la reine" devenu musée. On croirait qu’elle vient tout juste de débarquer. Conclure avec le jardin botanique, 28 hectares de génie vert et fleuri.

Verdict : avantage Glasgow

Façades Glasgow

Getty Images/iStockphoto

6

Rayon shopping

Les artères marchandes de l’une (Buchanan Street à Glasgow) comme de l’autre (Princes Street à Edimbourg) ont belle réputation dans tout le royaume. Elles récoltent les lauriers de paradis du shopping, juste derrière Londres. Elles sont configurées à l’identique en ce qui concerne les grandes enseignes mondialisées, avec chacune leurs boutiques atypiques. Noter toutefois que les griffes de grand luxe sont peu représentées. Alors, plutôt que les habituels Hugo Boss, Molton Brown et autres Nike, on fera le plein de souvenirs "so british" : mugs, tasses et couverts à l’effigie des membres de la famille royale, affiches des films 007 de Sean Connery, l’enfant d’Edimbourg, vieux vinyles, vestiaire complet du Celtic comme des Rangers à Glasgow, chemises à rayures de la meilleure coupe, thés précieux, service de porcelaine compris, sans oublier de fouiller les innombrables boutiques d’antiquités, un culte dans les deux villes.

Verdict : égalité

Paysage de Glasgow

MarioGuti/Getty Images/iStockphoto

7

Mobilités urbaines

Pas d’hésitation, à Glasgow comme à Edimbourg, on marche ou on se déplace en bus ou tram. Eventuellement en taxi. Glasgow propose aussi des vélos en libre-service (Next Bike et Bike and Go). Compter environ une livre l’heure ou dix livres la journée.

Next Bike est également présent à Edimbourg. Toutefois, la configuration accidentée de la ville, elle multiplie bosses et raidillons, ne favorise pas le développement de cette pratique. Le tram reprend ici tous ses droits.

Verdict : avantage Glasgow

Vélo à Edimbourg

Heather Dickson/Fotolia

8

Campagne de pubs 

Voilà bien le passage obligé de tout séjour au Royaume-Uni, encore plus en Ecosse. Le pub y tient rang d’institution. Certains sont ouverts depuis plus de deux siècles. Ils ont changé de tenancier, pas de style. Plus qu’un bistro où étancher une petite soif, le pub est le salon aux meubles de bois noirci par le temps, où on raconte la vie avant de refaire le monde. C’est aussi le lieu où chaque week-end, on vient applaudir les matches de foot (Glasgow) ou de rugby (Edimbourg) diffusés sur grand écran. Voilà enfin l’adresse où il est séant de faire une petite partie de fléchettes, à moins de préférer le billard. Bref, convivialité exigée, bière a gogo, half-a-pint ou pint pour les gourmands, de la blanche à la noire en passant par les rousses et les blondes, cénacle d’hommes capable de tolérer une lady accoudée au bar mais préférant quand même les dames partager une table garnie de thés fumants. Nombre de pubs disposent d’une salle réservée aux goûters féminins. Noter qu’ici plus qu’ailleurs, on sert très volontiers les vieux malts du patron. En Ecosse, le whisky est une fierté nationale. Choisir entre les dizaines de suggestions faites par le tenancier doté d’un accent rugueux très éloigné de celui qu’exigent nos professeurs d’anglais. Ne pas désespérer quand on ne comprend pas le moindre mot et prier le patron de choisir. Savoir enfin que de nombreux établissements ajoutent la musique live aux plaisirs de la mousse et du scotch. Glasgow comme Edimbourg multiplient les excellentes adresses dans leur centre-ville.

Verdict : égalité

 

Bar à Edimbourg

Dagmar Schwelle/LAIF-REA

9

Rayon insolite

L’Ecossais est taquin, il adore se mesurer à ses voisins. Dès le printemps, les concours de lutte, tir de corde, lancer de troncs et autres marteaux font les jolis week-ends à la campagne. Cornemuses et kilts de rigueur.  Il est évidemment possible d’applaudir le spectacle au départ de Glasgow comme d’Edimbourg. Dans cette dernière, assister également à un match de rugby dans l’enceinte mythique de Murrayfield. Ambiance de feu à chaque apparition du XV au chardon ou bien de l’équipe de la ville. Le stade est partagé avec les joueurs de foot du Heart of Midlothian et, certains soir, avec les stars du rock.

Le cœur de Glasgow bat alternativement pour l’équipe de football du Celtic qui joue au Celtic Park, et pour les Rangers pensionnaires de l’Ibrox Park. Les fans de rugby soutiennent les Glasgow Warriors dont la gloire reste très locale. Toujours à Glasgow, visiter l’église Cross-Queens, imaginé par la gloire de la ville, Charles Rennie Mackintosh, un modèle d’épure et de sincérité, ainsi que la Nécropole et ses 3 500 tombes et autant d’étonnants monuments, avant de conclure au Kibble Palace, une immense serre du jardin botanique, dont les plantes tropicales voisinent avec des allées de promenade et de nombreuses statues.

A Edimbourg, comment ne pas être impressionné par la chapelle du Chardon, annexe de la cathédrale St Gilles ? Vitraux victoriens, boiseries finement sculptées, médaillons mystérieux… Lieu tout aussi inspirant dans l’arrière-salle du pub The Elephant House puisque c’est ici que J.K.Rowling alors professeure de français, termina le premier volet des aventures de Harry Potter. Enfin, âmes sensibles s’abstenir, visiter ce curieux musée dédié à la chirurgie, Surgeon’s Hall Museums, qui présente instruments, tableaux, récits et même nombre de bocaux conservant des organes humains… Ouvert depuis le milieu du XIXème siècle, ce musée est l’un des plus anciens du Royaume-Uni.

Verdict : égalité

Stade du Celtic Glasgow

Source : Instagram

10

Envisageons les environs

Edimbourg n’est guère éloignée de la mer du Nord. Avec les beaux jours, plusieurs plages font recette, en particulier celle de la petite station balnéaire de Portobello, idéale pour tremper un orteil dans une eau plus que frisquette, avant de goûter aux charmes d’une terrasse et d’une sole grillée.

Glasgow n’a guère l’âme balnéaire. En revanche, l’Atlantique lui offre le grand spectacle de l’océan qu’on savoure du côté d’Ardrossan (ferries pour la splendide île d’Aran) ou de Largs. Au programme, côte rugueuse, mer puissante et plages ventées.

Au-delà, depuis l’une ou l’autre, sonne l’appel des Highlands, les hautes-terres tapissées de landes infinies sur lesquelles pointent de mystérieux châteaux que reflètent des lacs sombres. On imagine le salon garni de souvenirs d’empire, la cheminée, les fauteuils de cuir… Le whisky, avec ou sans glace ?

Verdict : égalité

Chateau à Edimbourg

littleclie/Getty Images/iStockphoto

 

Par

JEAN-PIERRE CHANIAL

 

Photographie de couverture : Dagmar Schwelle/LAIF-REA & Martin McCarthy/Getty Images/iStockphoto

Automne-Hiver

Vacance N°8

A travers grands reportages, rencontres, interviews et photos inspirantes, le magazine de Voyageurs du Monde vous invite à la découverte de l’envers du monde.