Afrique du Sud

Vins d’Afrique du Sud : une route à mémoire de France

Vins d’Afrique du Sud : une route à mémoire de France

Ah, ces dégustations à l’aveugle ! Blancs comme rouges sud-africains sont régulièrement coiffés d’or par les experts internationaux. Dans les sillons du Bordelais ou de Californie, on en piétine de rage. Mais le verdict est là : quelques cuvées d’exception prouvent que cette viticulture peut compter sur une poignée de locomotives vouées à tirer le vignoble vers l’excellence. Démonstration le long des routes des vins qui sillonnent le pays. Bonne nouvelle, l’une d’elles visite Franschhoek, « le coin des Français ».

 

L’âme vigneronne débarque ici au XVIIème siècle, 1688 exactement, avec un peu plus de deux cents Huguenots qui fuient la France et ses massacres religieux annoncés. Ils s’installent sur un territoire alors quasi-vierge de toute population puis se retroussent les manches. Ils viennent des Charentes et du Luberon et ont embarqué avec une poignée de jeunes ceps. Entourés de colons hollandais et anglais, ils imposent leur talent viticole. Bingo ! Plus de trois siècles plus tard, autant dire que le vin sud-africain ne craint personne côté tonneau. Pire, dans certaines caves, l’intuition du climat et des assemblages s’invite à la table du divin depuis la nuit des temps. Ou presque.

Route des vins en Afrique du sud

Jan van Dasler

 

Pointures françaises

Aujourd’hui, l’affaire est entendue : avec 126 000 hectares plantés, environ 9 millions d’hectolitres produits chaque année par 3 650 exploitations, l’Afrique du Sud (54 millions d’habitants) est clairement un pays de vins et certains de ses circuits d'oenotourisme comptent parmi les plus belles routes des vins au monde. Sa politique générale vise à célébrer une qualité capable de rivaliser avec les meilleurs cols de la planète, France quand même en ligne de mire, tout en maintenant une production de masse d’honnête tenue qui enchantera les tables du monde entier.

Il est vrai que dans cette entreprise, le pays a, depuis les années 90 qui signèrent dans un même élan la fin de l’apartheid et la libération de Mandela, séduit quelques pointures, françaises en particulier. Des noms tels que Moueix, Cointreau ou Rothschild font actuellement briller les étiquettes de prestige. Entre autres résultats, la cuvée Baronne Nadine, 100% chardonnay, est régulièrement comparée par de fins palais à nos meilleurs chablis. Dont acte.

 

Blancs d’abord

Les visiteurs choisissent le pays pour la vitalité du Cap, le charme de la péninsule qui sépare l’Atlantique de l’océan Indien ou pour ses exceptionnelles réserves animalières (parc Kruger). En bonus, voici donc le plaisir de suivre durant un jour ou deux, l’une des routes qui sillonnent le vignoble sud-africain. Rien de plus facile puisque les itinéraires les plus charmants partent justement du Cap et s’échappent plein est en éventail sur à peine une centaine de kilomètres.

Avant d’en fouler les sillons, savoir que les vins blancs représentent 64% des plantations avec essentiellement du sauvignon (18%), du combar (11,4% et du chardonnay (10,3%). Les rouges, un gros tiers de la surface plantée, le sont de cabernet sauvignon (10%), de sirah (8%), de pinotage (4,5%), etc.

Vignes en Afrique du Sud

Marion Osmont

 

Napoléon adorait ce vin

Première étape imposée, Constantia, une banlieue du Cap en version so chic, à une grosse dizaine de kilomètres du centre. Les ceps sont plantés sur les premières pentes de la Table, la fameuse. Sur moins de 1 000 hectares, ils donnent l’un des plus anciens nectars du pays, le vin de Constance, un liquoreux suave (cépage muscat de Frontignan) qui enchantait Napoléon ainsi que les salons d’Europe. Oui, le viticulteur parlera forcément de sauternes… La production s’élève à environ 900 hectolitres par an, elle s’envole dès sa mise en barriques. Par bonheur, la dégustation reste ouverte sur place. Démonstration de son éternité aux domaines Groot Constantia ou Klein Constantia. Le maître de chais y revisite avec bonheur l’histoire aussi heureuse que tourmentée de l’appellation.

 

Franschhoek : le « coin des Français »

Par affinité, les Français exigent généralement d’aller faire un tour du côté de Franschhoek, à 50 kilomètres du Cap. Ainsi les Hollandais désignaient-ils « le coin des Français », une jolie cuvette dont les flancs sont tapissés de vignes et un charmant village tiré à quatre épingles. Sur les stèles du petit cimetière, la mémoire veille, gravée dans la pierre, Le Roux, De Villiers, Du Toit… Quant aux domaines, ils s’appellent Bourgogne, Dieu Donne, Chamonix, Mont Rochelle, La Grande Provence, Haut Espoir, etc. Bref, Franschhoek a bien compris l’intérêt de jouer la carte tricolore même si pas un de ses habitants ne baragouine le moindre mot de français. Affaire commerciale rentable que valide le nombre de vacanciers venus de l’hexagone (près de 200 000 en 2018) dont beaucoup posent un coude sur les comptoirs de dégustation de ce bourg vite érigé en gloire de notre génie pinardier. Autre référence, la célébration annuelle bleu-blanc-rouge du 14 juillet, Bastille Day, devenue un événement sud-africain à ne pas manquer : façades fleuries, boutiques joliment garnies, dégustations joyeuses, la foule adore. D’autant que les vins locaux ne déméritent pas.

 

Domaine en Afrique du Sud

marksn.media - stock.adobe.com

 

Chênes centenaires

Environ 300 domaines quadrillent la vallée avec systématiquement le même principe : une maison de maître séculaire superbement restaurée, des jardins entretenus au millimètre et fleuris à foison, un ou plusieurs restaurants ainsi qu’une cave de dégustation. Au programme, des rouges à forte structure, pas d’étonnement, il vous sera demandé si, honnêtement, ça ne rivalise pas avec nos grands bordeaux, et des blancs citronnés, avec identique question mais en référence au sancerre. Même si la réponse est « mouais », veiller à opiner du chef puis passer à la cuvée suivante sans bouder son plaisir.

 

Stellenbosch et ses vins d’exception

En poursuivant toujours plein est, voici Stellenbosch fondée en 1692. Une autre bourgade, 20 000 habitants, et une autre vallée où l’œnotourisme fait merveille depuis 1971, quand sa route a été officiellement inaugurée. Cela dit, ses édifices de la période hollandaise, ses chênes centenaires, ses églises blanches comme neige, son ambiance cossue et ses jardins enchanteurs justifient à eux seuls l’escapade. Alors, si on ajoute le plaisir des vignobles, soit 17 000 hectares de trésors…

Pour les spécialistes, on entre ici en terroir d’exception, celui des vins de référence, régulièrement primés dans les concours internationaux, en rouge (complexes, ronds, subtils) comme en blanc (vifs, fruités, harmonieux). Ici aussi, les domaines intègrent une maison historique, des parcs géants, un restaurant, un hôtel et une cave à dégustation. Noter que contrairement à la pratique de la plupart des autres terroirs, une quarantaine de vignerons de Stellenbosch refusent l’irrigation de leurs sillons. Signe de qualité. Une adresse à ne pas manquer : le domaine emblématique Neethlingshof, l’un des plus anciens du pays, où sont produites les meilleures cuvées.

 

Table d'une cave à vins en afrique du sud

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Rouges robustes, chaleureux, puissants

Enfin, un cran en-dessous pour ce qui concerne l’excellence des vins, ne pas manquer Paarl, toujours à deux pas du Cap (60 kilomètres) mais un peu plus au nord que les précédentes. La « perle » doit sa notoriété, et sa beauté, au fait d’être posée au pied d’une montagne de granite gris soigneusement polie par des siècles de soleil et de pluie. Les photographes adorent. Sans oublier son vignoble qui assure 20% de la production nationale. Ce n’est pas un hasard si la fédération des coopératives viticoles d’Afrique du Sud y a installé son siège. Effectivement, la région revendique une approche moins élitiste que ses voisines. On parle alors de rouges robustes, chaleureux, puissants, et de blancs généreux aux arômes d’agrumes intenses. Bref, une belle production qui fait le bonheur des tables sud-africaines autant que celui des dégustateurs sans chichi. Au programme de la visite, les excellents domaines Boekenhoutskloof, aussi imprononçable qu’accueillant, ainsi que Glen Carlou et Fairview.

 

Palais expert en médailles

D’autres routes viticoles sillonnent l’Afrique du Sud. Plus lointaines mais aussi passionnantes. Elles traversent Vredendal, Piketberg, Calitzdorp, Botrivier, Elim et tant d’autres. Chacune affiche au moins deux arguments : la singularité de sa production et l’accueil réservé aux Français assez vite crédités d’un palais expert en médailles. Restera, partout, à noter le grand nombre de vins blancs produits avec des raisins noirs. Sur leur étiquette, il est écrit « Blanc de Noirs ». En Afrique du Sud, la formule est rassurante.

 

Par

JEAN-PIERRE CHANIAL

 

Photographie de couverture : Janik Alheit/stock.adobe.com

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