Japon

Tokyo vs Kyoto : le match en 10 rounds

Tokyo vs Kyoto : le match en 10 rounds

Leur rivalité séculaire les unit autant qu’elle en fait d’éternelles rivales. L’hyperactive d’un côté, la ville aux mille temples de l’autre. Gloire aux néons ici, plaisirs des jardins inspirés là-bas. Mais au fond, après une journée (ou presque) pour rejoindre le pays depuis la France et l’obligation d’un séjour d’au moins deux semaines, les voici complémentaires et non plus ennemies. Distantes de 525 kilomètres (moins de 3 heures à bord du Shinkansen, le train à grande vitesse), ces deux facettes du pays du Soleil levant composent une magnifique association qui transforme le voyage en hymne au Japon.

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Quand on arrive en ville

Il faut un peu plus de 11 heures de vol direct pour rejoindre Tokyo au départ de Paris. Chaque jour, ces liaisons sont assurées par Air France ainsi que par les compagnies japonaises JAL et ANA. Nombreux autres vols avec escale, en particulier via les pays du Golfe persique. Dans ce cas, ajouter trois bonnes heures de transport. La capitale nippone (13 millions d’habitants sur les 127 millions que compte le pays) dispose de deux aéroports internationaux, Narita et Haneda.

En revanche, il n’y a aucune liaison directe entre France et Kyoto (1,5 million d’habitants), les vols les plus pratiques exigeant une escale à… Tokyo. Compter alors au moins 15 heures de voyage. Le Japon vit avec 7 heures d’avance sur la France en été, 8 heures en hiver.  Le passeport en cours de validité est exigé pour entrer dans le pays mais aucun visa n’est nécessaire. Narita est à pratiquement 70 kilomètres du centre de Tokyo. La course en taxi, coûte plus de 150 euros pour 90 minutes minimum de route. Le train est une alternative séduisante : une heure et 25 € par personne. L’aéroport de Haneda est à 26 kilomètres de la ville. Compter près de 100 euros en taxi (une heure) et moins de 5 euros en monorail (15 minutes). Kansai est l’aéroport de Kyoto, à près de 80 kilomètres. Mêmes conséquences qu’à Tokyo : un trajet en taxi très cher, pratiquement deux heures et 200 euros, alors qu’en train rapide, ce sera moins de 45 minutes et une quinzaine d’euros. Seule bonne nouvelle, aucune arnaque à craindre de la part des chauffeurs de taxi (aucun ne parle anglais) qui conduisent en gants blancs pas plus que de maraudeurs qui attendent le pigeon à la sortie de l’aérogare.

Verdict : avantage Tokyo

Taxi à tokyp

Mamieboude

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Premier coup d’œil

Tokyo impose de plonger dans un tourbillon délirant, un gigantesque shaker urbain. Des gratte-ciel qui racontent toutes les audaces de l’architecture moderne, d’immenses néons qui ne s’éteignent jamais, des entrelacs d’autoroutes et d’avenues sans fin, la foule invariablement dense et disciplinée qui semble toujours pressée d’arriver, sans qu’on puisse deviner où. Ce n’est qu’un peu plus tard qu’on découvrira des îlots paisibles aux ruelles étroites, des jardins joliment fleuris et des quartiers piétonniers garnis de restaurants épatants et de terrasses animées. Bref, Tokyo exprime une belle vitalité ! Trois éléments frappent lors d’une première visite : la densité des piétons sur les trottoirs ainsi que leur vitesse de déplacement, sans le moindre contact, on se frôle, on s’esquive ; ensuite, leur scrupuleuse discipline, comme celle des automobilistes au carrefour ; enfin, le règne du mini : taille des appartements, tables des restaurants, objets usuels, places dans les bus…

En comparaison, Kyoto affiche les arguments d’une paisible bourgade de province. Ici, on sent que le culte du commerce et de la finance n’a pas encore effacé la beauté d’un temple, le charme d’un jardin ou celui d’une belle en kimono traditionnel. Normal. L’ancienne capitale impériale (794-1868) cultive le respect des traditions nippones, de la cérémonie du thé à la littérature, en passant par l’art des bouquets ou le théâtre. Ici, pas de stress mais une avalanche de visites savantes et de promenades romantiques à faire main dans la main.

Verdict : égalité

Boutique à Kyoto

Zoe Fidji

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Dans de beaux draps

Pas de souci d’hébergement au Japon. Le vaste choix d’établissements permet à chacun de désigner ceux qui correspondent à son budget. Des palaces, bien entendu. Des hôtels largement étoilés, oui. Des maisons bien plus simples, évidemment. Des chambres chez l’habitant, tout autant. A Tokyo comme à Kyoto, ne pas hésiter à jouer le cocktail et la diversité pour mieux appréhender la ville, ses quartiers, sa population. Ajouter, c’est obligé, une nuit (ou plusieurs) dans un ryokan. Il s’agit de l’hôtel traditionnel local. Sol couvert de tatami, futon en guise de matelas, parois de papier de riz ou de bois (aucune intimité), table basse et interdiction de garder ses chaussures ! Un délice d’authenticité. Enfin, au rayon des curiosités, faut-il encore citer les « hôtels de l’amour », maisons dont les cachettes se louent à l’heure, sans le moindre reproche moral, nombre de Japonais amoureux logeant dans des appartements familiaux exigus et bondés. Sans obligation de tester, évoquons l’hôtel-capsules, un établissement garni d’alvéoles avec matelas léger, dans lesquelles on a juste la place de se glisser. La formule a été inventée pour les salariés consciencieux quittant trop tard leur bureau pour avoir le temps de rentrer chez eux. Un triomphe. Ces deux derniers hébergements existent à Tokyo mais pas à Kyoto.

Verdict : avantage Tokyo

Vélo dans la rue à Tokyo

Vincent Leroux

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Et on mange quoi ?

La gastronomie japonaise est un monument de délicatesse, de saveurs, d’ingéniosité. Un art au niveau de ce qui se pratique en France mais sur un registre totalement différent. De la cuisine de rue aux tables étoilées, la fraîcheur des produits (le « cru » est une vertu nationale), la méticulosité des préparations et la beauté de la présentation sont toujours au rendez-vous. Au-delà des basiques sushis, sashimis, tempuras, makis et autres soupes à la mystérieuse alchimie, ne pas hésiter à faire preuve de curiosité, voire d’esprit aventurier. Le régal sera au rendez-vous. Se souvenir qu’il y a environ 300 étoilés Michelin à Tokyo (12 maison 3-étoiles) et 135 à Kyoto, c’est dire. Et des centaines de « ramen », ces rendez-vous tout simples qui servent un bol de soupe de pâtes avec viande ou poisson et légumes. Un bonheur fumant vendu moins de 10 euros ! La principale difficulté que rencontre le gourmet est de comprendre la nature d’un plat présenté en japonais, au mieux avec une photo pour toute explication. Eviter les adresses où le service assuré dans le respect des traditions oblige le client à s’asseoir à même le sol sur ses talons et genoux. Un étranger ne tient pas 10 minutes. Heureusement, la plupart des restaurants trichent en installant leurs tables dans des cavités, ce qui permet de manger assis à l’occidentale. A Tokyo, la multiplicité des restaurants de toutes catégories, y compris les plus avant-gardistes. A Kyoto le privilège de servir les traditions gastronomiques du pays (pot-au-feu, recettes autour de l’anguille, bouillons…) et les adresses qui vont avec.

Verdict : égalité

Repas Japon

Jérôme Galland

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Par ici la visite

Pour résumer à grands traits, Tokyo vit, Kyoto garde. D’un côté, la vibration urbaine, la créativité, l’innovation. De l’autre, la préservation des légendes nationales, les affaires du ciel comme celles de la table ou de l’art de vivre. Les passages obligés de la capitale nipponne sont nombreux. En commençant par la gare centrale où transitent près de 4 000 trains chaque jour, dans un ordre méticuleux et une propreté absolue. Chaque jour, elle est empruntée par 450 000 passagers pressés. Enchaîner avec le métro, ses lignes de couleur, ses indications claires en caractères latins et le nombreux personnel d’assistance, pour filer jusqu’à la tour des télécommunications, la Skytree Tower, une aiguille de béton qui perce le ciel 634 mètres au-dessus des conversations ordinaires, à moins de préférer la Tour de Tokyo (333 mètres) et son look de Tour Eiffel, ou encore l’observatoire de la superbe mairie, au 45ème étage des 48 que compte ce superbe édifice. Toutes offrent une plateforme d’observation avec vues inoubliable sur la ville. Puis, cap sur le carrefour le plus fou de la planète, celui de Shimbuya traversé par des milliers de passants illuminés par des néons géants qui ne s’éteignent jamais. Etourdissant.

A Ginza, l’architecture futuriste accompagne le shopping chic dans 10 000 boutiques de luxe avec vitrines flambantes (Shiseido, Hermès à l’abri d’un superbe immeuble de verre, Chanel, Moncler, Armani, Omega, Sony, etc.). Plus conventionnel mais pas moins classe, voir Omotesando où sont réunies les mêmes à étiquettes folles. Voir aussi Denki-Gai, le royaume de l’électronique qui réunit les fous de jeux, de mangas et de caméras miniatures et ne pas manquer la rue Takeshita-Dori, immense scène pour ados imaginatifs qui, chaque dimanche matin s’y baladent habillés de la manière la plus délirante ou provocatrice qui soit. Pause ensuite dans les jardins du palais impérial. Le nouveau couple salue son peuple depuis le balcon le 1er janvier ainsi que le 23 février, jour anniversaire de Sa Majesté. Retour aux ambiances populaires au milieu des étals du marché aux poissons de Tsukiji. Les pros ont déménagé à Toyosu mais restent des centaines de vendeurs ordinaires. Côté musées, préférer celui des Arts modernes ainsi que le fief de l’Art contemporain. Enfin, conclure par une promenade dans le parc d’Ueno autour de ses temples, de son lac tapissé de lotus et de ses 1 200 cerisiers (floraison début mai) ou encore dans le arc qui longe les quais de la rivière Sumida.

 

Marché à Tokyo

Wilfried Maisy/REA

Changement total d’ambiance à Kyoto, plus paisible. On découvre à pied le centre de la ville avec, pour apothéose, l’allée qui, sur 2 kilomètres, longe un canal bordé de cerisiers et d’érables rouges. Il relie deux temples et s’appelle l’Allée de la Philosophie, hommage à un professeur de l’université voisine qui l’empruntait chaque jour pour éclairer ses pensées. Tout est dit et Kyoto s’en réjouit. Ici aussi toutefois, la gare est un monument. Ses 11 étages abritent une ville entière, boutiques, cinémas, hôtels, restaurants… et même un espace d’observation au sommet. Pour le reste, flâner au centre de Kyoto, vaste entrelacs de galeries marchandes, d’un marché, un vrai de vrai, et de ruelles piétonnes bordées de bars et de restaurants. Un saut jusqu’au palais impérial, n’oublions pas que le siège du pouvoir, terrestre autant que céleste, fut ici durant plus de mille ans jusqu’en 1868, il se visite et ses jardins sont d’un parfait agrément, avant de céder à l’exceptionnel patrimoine historique de la cité. Le temple Sanjusangen-do a été fondé en 1164, il garde 1 001 statues de bois (cyprès). Celui de Kiyomizu-dera date de 798 et compte sept pavillons ainsi qu’une pagode, tous posés sur pilotis.

Le temple Ryôan-ji est classé au Patrimoine mondial par l’Unesco. Son hommage au bouddhisme inclut un remarquable jardin zen, célèbre auprès des adeptes de la méditation. Signalons encore parmi tant d’autres temples, le sanctuaire Fushimi-Inari né en 711 et plusieurs fois reconstruit, toujours doté de 1 499 statues de renards, l’animal protecteur des récoltes comme de leurs cultivateurs et d’un alignement de 30 000 toriis, ce portail symbolique du lien entre terre et ciel, généralement rouge, sur 5 kilomètres ! Reste enfin à s’initier aux arts traditionnels japonais, de la cuisine aux bouquets, du papier plié (origami) à la cérémonie du thé en passant par le port du kimono ou l’ordonnancement du jardin. Chaque spécialité a ici ses adresses et ses maîtres.

Verdict : égalité

 

Marché à Kyoto

Jérôme Galland

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Rayon shopping

Kimono de soie, collection de thés, du blanc au noir, carnets au papier si doux, miniatures électroniques, saké haut-de-gamme… Pas de souci pour remplir sa valise de souvenirs et de cadeaux. Sachant que les boutiques de Tokyo comme celles de Kyoto sont largement mondialisées, tarifs compris. Dans la capitale, la multiplicité des adresses dernier-cri (vêtements, déco, gadgets, etc.) peut déclencher une vraie fièvre acheteuse. Attention :  derrière les normes S, M, L, XL, les vêtements peuvent révéler des tailles plus petites qu’à Paris, Londres ou New York. Les natifs du pays sont menus... Ne pas hésiter à opter pour le cran supérieur.

Verdict : avantage Tokyo

Boutique café Tokyo

Mamieboude

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L’addition, s’il vous plaît

Le Japon a la réputation d’être un pays cher, très cher. Elle n’est pas toujours usurpée. D’abord, le billet d’avion pour franchir les 10 000 kilomètres qui séparent la France du Japon coûte autour de 800 euros quand on accepte une escale et environ 1 200 euros pour un vol direct en classe économique. Pas de miracle sur les hôtels dont la tarification selon standing obéit aux mêmes règles qu’ailleurs sur la planète. Bonne nouvelle en revanche côté restauration : les cuisines de rue ou bien celle de l’ordinaire japonais permettent de savourer une soupe ou un plat simple pour 5 à 10 euros. Savoir que les restaurants français sont hors de prix. Et que la tradition du pourboire n’existe pas au Japon. Inutile d’insister, ce serait très mal pris. Par ailleurs, chaussures et vêtements sont moins chers qu’en France. Enfin, si les taxis sont relativement coûteux, le train l’est encore plus. Le trajet entre Tokyo et Kyoto à bord du train rapide Shinkansen exige un peu plus de 120 euros par personne pour trois heures de voyage.

Verdict : égalité

Service de thé Tokyo

©rr041/stock.adobe.com

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Mobilité urbaine

Vélo, auto, métro… Tout est possible à Tokyo comme à Kyoto. Réservons toutefois la bicyclette à Kyoto où la circulation plus paisible, surtout en centre-ville, réduit le stress du débutant. Louer une voiture est évidemment possible mais attention, le Japon roule à gauche et il n’est pas toujours simple de décoder la signalisation. Pour les séjours en ville, recommandons donc le taxi ou bien les transports en commun. Efficaces, sereins et propres, avec des tarifs comparables à ceux appliqués en France. Toujours garder sur soi le nom et l’adresse de son hôtel écrits en japonais. Avant d’aller au restaurant ou de se rendre sur un site, faire de même avec le lieu visé.

Verdict : avantage Kyoto

scène de vie Tokyo

Laurent Villeret/PINK/Laif images

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Rayon insolite

Les boutiques tokyoïtes spécialisées dans les mangas, version jeu électronique sur écran géant, vraiment géant, ou version papier avec la clientèle adéquate, méritent la visite. Tout comme les quartiers de la mode, plus académiques, au moins pour le raffinement de leurs vitrines et l’élégance de leurs façades. Ajoutons quelques inédits comme les bars karaoké dont certains réunissent des dizaines de braillards hilares, ceux à thème avec hôtesses déguisées ado ou infirmière (mais pas touche !), d’autres où on paye pour le magnifique plaisir de caresser des chats ou encore des hiboux, le rendez-vous dominical de la rue Takeshita-Dori avec ses ados déjantés ou la folie néons qui règne à Guinza. Sans parler de toutes les découvertes que promet un séjour à Tokyo. Impossible dans ces conditions de rivaliser et Kyoto garde son esprit de sérieux avec toutefois un bar à chats et plusieurs scènes de karaoké, une passion japonaise.

Verdict : avantage Tokyo

Publicité Tokyo

Alice Tolila

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Un tour alentours

Aurait-on épuisé les charmes de la ville, encore faut-il mettre le nez à la fenêtre et découvrir le cocon dans lequel elle s’épanouit. Autour de Tokyo, la valse des excursions se danse à plusieurs temps. Celui du mont Fuji d’abord, éternellement coiffé de blanc, 3 776 mètres de grâce absolue. Randonneurs, à vos godasses pour rendre hommage à la montagne sacrée, lieu de pèlerinage intense. A faire uniquement en été après avoir réservé son refuge. Sans difficulté technique, l’ascension emprunte quatre sentiers possibles et exige entre cinq et dix heures, selon tempérament. Autre excursion majeure, celle qui conduit à Yokohama, le port de Tokyo (30 kilomètres) dont on admirera les vieilles bâtisses qui témoignent d’une histoire centenaire, autant que le front de mer du troisième millénaire et Chinatown, invariablement dans son jus. Avant ou après, grimper au sommet de la Landmark Tower, 296 mètres de hauteur, abritant une tour d’observation presqu’au sommet, ainsi que boutiques et restaurants.

Ajoutons le parc national de Nikko (sanctuaire Toshogu), Hakone (mont Kami et volcan Kamiyama) pour composer une autre semaine de séjour sous le signe de la nature. Atour de Kyoto, viser d’abord Nara (40 kilomètres), pépite historique du Japon, précieuses pour ses temples et ses Bouddhas qui en gardent la mémoire plus que millénaire. Nara fut capitale du Japon de 710 à 784, son âge d’or. Temples, pagodes et jardins inspirés méritent tous la visite. D’autres temples exceptionnels à voir également sur et autour du mont Koya (700 moines vivent dans une centaine de temples), sans manquer l’extraordinaire cimetière Okunoin et ses 200 000 sépultures, certaines délirantes, noyées par la végétation.

Verdict : avantage Tokyo

 

Jardin à Tokyo²

Jérôme Galland

 

Par

JEAN-PIERRE CHANIAL

 

Photographies de couverture

LOLA REBOUD & JEROME GALLAND

Numéro Printemps-Été 2019

Vacance N°7

Magazine curieux, empêcheur de voyager en rond, Vacance cultive une approche du monde bercée de sens et de style. 6 mois de grands reportages, les dernières belles adresses, des tips pour voyager malin, des rencontres et lectures : inspirez-vous !