Etre à la fois une île, une ville et un état : quel festin ! La cité fondée par Sir Raffles il y a à peine deux siècles est devenue une mégapole vibrante, où les époques et les ethnies se télescopent. Une cité gourmande, à l’optimisme communicatif, qui ne ressemble à aucune autre sur la planète… Par Geneviève Brunet

Vous venez de débarquer à l’aéroport futuriste de Singapour et déjà, tout glisse, fluide. Un rêve d'Occidental stressé. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, vous voici au pied de votre hôtel, plongé dans une vertigineuse jungle urbaine en même temps que dans la moiteur équatoriale. Vous vous rappelez alors cette remarque recueillie sur le Net alors que vous glaniez quelques impressions : « Singapour est trop propre ! ». Une ville peut-elle être trop propre ? Passionnant débat. Certes, lorsqu’on a traversé la moitié du globe pour se retrouver à la latitude de Mogadiscio, Belém ou Nairobi, on pourrait imaginer un odorant fouillis. Si telle était votre attente, écoutez votre GPS intérieur : faire demi-tour !

Mais si c’est la quête d’un ailleurs qui vous titille, restez et goûtez  le nouvel exotisme d’une Asie triomphante, cramponnée au train du futur avec une vitalité peu commune. Vous vouliez du dépaysement ? Accrochez-vous !D’abord, vous êtes stupéfié par le joyeux melting-pot qui colore la ville. Imaginez donc un territoire si petit que personne, hormis dans les contes de fées, n’aurait imaginé y enfermer un pays. La principale île de l’archipel, Palau Ujong, est un confetti de 600 km2 où régnaient encore il y a deux siècles jungle et marécages. Elle compte aujourd’hui plus de cinq millions d’habitants, et pour corser la difficulté, dans un complexe mélange d’ethnies : Une majorité de Chinois du Sud, des Indiens, des Malais…

La densité de Monaco, mais en technicolor. La sérénité absolue avec laquelle Bouddhistes, Taoïstes, Musulmans, Hindous et Chrétiens cohabitent change déjà votre angle de vue : non Singapour n’est pas seulement la ville ripolinée qu’elle aimerait faire voir ; elle bouillonne des tumultes de l’histoire, se vautre dans ses paradoxes tout en se jetant à corps perdu dans l’avenir. Bref, tout ce qu’on aime. Au pied d’une forêt de gratte-ciel, Sir Stamford Raffles jubile : quand, débarquant en 1819, cet officier de la marine britannique s’est mis en tête de créer une colonie dans ce marigot perdu à l’extrême sud de la péninsule malaise, il avait bien sa petite idée en tête. Quel flair : figé dans le marbre de sa statue, il voit désormais toutes les trois minutes un porte-container jaillir de cette plaque tournante du commerce mondial vers le détroit de Malacca. Ce soir, depuis le Sky, bar panoramique perché sur le toit du vertigineux hôtel Marina Bay Sands, vous verrez le soleil se coucher sur cet hallucinant ballet. Mais d’abord vous foncez au Raffle’s pour un bain de nostalgie coloniale. Swaran, le portier sikh et chic sous son turban blanc, vous racontera  cette soirée d’août 1902 où le dernier tigre de l’île eut la mauvaise idée de venir baguenauder dans les jardins avant de se faire abattre par des hôtes ravis de cette chasse improvisée…  

Au Long Bar, vous sifflez un Singapore Sling* sous les ventilateurs poussifs, vous tendez l’oreille pour saisir l’écho des fêtes à tout casser que donnaient Somerset Maugham, Charlie Chaplin et Jean Harlow, puis vous filez vous perdre dans les ruelles bigarrées de Little India et de Chinatown, peut-être trop proprettes pour être honnêtes, alors plutôt Arab Street, quartier malais comme son nom ne l’indique pas et nouveau rendez-vous de la jeunesse.

Mais Singapour vous ramène vite à la verticalité  de ses buildings légers comme des nuages dont l’architecture de pointe bioclimatique réconcilie le verre et le vert. Peu de villes donnent ainsi la sensation violente du temps qui s’accélère. A quel moment l’histoire s’est-elle emballée sur cette île lascive ? Les fashion victims que vous croisez dans les boutiques climatisées d’Orchard Road, prêtent à sourire dans leur thérapie consumériste. Peut-être faut-il se souvenir qu’en 1965, lorsque Lee Kuan Yew, père de la Singapour moderne, prit les rênes de la Cité du lion lancée dans l’aventure de l’indépendance, elle sortait exsangue d’une occupation japonaise brutale, des pogroms malais et d’émeutes raciales. Moins de 50 ans pour devenir l’un des pays les plus riches du monde, la « Suisse de l’Asie », c’est assez sidérant. Alors oui, la vie quotidienne à Singapour est un curieux cocktail de plaisirs et d’interdits. Jeter un papier par terre ou mâcher du chewing gum, rend hystérique cet Etat psychorigide.

En regard, quelle gaîté et quels sourires dans la rue… Quand on a manqué de tout, on a faim de tout. Sujet de conversation préféré de l’île : les restaurants. En aucun lieu du monde vous ne trouverez une telle diversité de saveurs. Un eldorado culinaire. Des Hainanese Chicken Rice et autres noodle soups avalés dans un hawkers ou regroupement parfumé de marchands ambulants, aux food courts des centres commerciaux en passant par les restaurants branchés de Clarke Kay, les saveurs se télescopent. C’est là que vous toucherez du doigt à quel point l’utopie singapourienne, fondée  selon l’idéal platonicien avec son petit côté « Meilleur des mondes », sans corruption ni embouteillages, se nourrit d’un opium dont on a  oublié le goût : l’optimisme…S’il fallait une seule raison pour aller voir ce qui se passe à Singapour, ce serait celle-là.

*Singapore Sling : long drink à base de gin, bénédictine, brandy et eau gazeuse.
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«Il nous fallut traverser des quartiers chinois, un fourmillement de monde jaune ; puis des faubourgs malais, indiens, où toute sorte de figures d'Asie nous regardaient passer avec des yeux étonnés. »

 

LES BONNES RAISONS D’AIMER SINGAPOUR

Parcourir Emerald Hill, le quartier péranakan, où les charmantes maisons coloniales ont été restaurées et abritent restaurants et boutiques, y boire un verre au N°5, l’un des plus authentiques bars de la ville, descendre Orchard Road le week-end au milieu des familles qui pratiquent la thérapie du shopping, y découvrir le sentier vert qui serpente au cœur de la ville et vous immerge parmi les plus beaux papillons du monde, plonger dans l’ambiance « Avatar » des nouveaux « Gardens by the bay », parcourir la  passerelle suspendue au-dessus de la canopée de la forêt primitive dans la réserve naturelle MacRitchie, frissonner de peur et de plaisir au « night safari » du zoo, traverser le pont qui mène à la très ludique Sentosa et découvrir au  Resort World, le Musée maritime avec son parcours dédié à  l'histoire de la Route de la Soie : fascinant !

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