Grèce

Sentinelle du reve

Sentinelle du reve

En Grèce, à l’extrême sud du Magne, dans l’une des régions  les plus secrètes du Péloponnèse, une poignée de passionnés restaurent d’anciennes tours de guerre pour les transformer en adresse d’initiés.

 

 

Athènes, ses célèbres vieilles pierres et ses terrasses enjouées nous abandonnent à la solitude de cette péninsule du bout du monde. Quatre heures au volant, direction plein sud, les yeux en éventail tant la route pour atteindre le Magne et sa pointe extrême, le cap Tainaro, est une invitation à la rêverie. Au fil des kilomètres qui serpentent, l’histoire et la géographie s’invitent dans le paysage des vacances. Canal de Corinthe, Mycènes, Sparte… Au loin, les îles nous glissent un dernier au revoir de carte postale. On s’arrêterait presque à chaque virage pour faire le plein de clichés de cette Grèce blanc bleu aux airs d’été. Le Magne, presqu’île située au milieu des deux autres doigts formant le bout du Péloponnèse, raconte une autre histoire. Une histoire d’horizon battu par les vents, de terres âpres et brûlées, de coupoles de paix (parmi les plus anciennes chapelles byzantines du pays) et de tours de guerre. C’est bien cette Grèce-là que la Tainaron Blue Retreat, nouvelle adresse entre montagne et falaise, propose à ses hôtes. Nous voilà à bon port, prêts à recevoir cette ritournelle millénaire, qui se chante dos à la roche, le regard posé entre ciel et mer.

Il était une fois une âme fière… “Le Magne est la seule région de Grèce à n’avoir jamais plié sous une domination étrangère, pas même celle des Turcs”, lance Kostas Zouvelos, le propriétaire de la Tainaron Blue Retreat également architecte et auteur avec sa femme de l’ensemble des rénovations qui ont permis de convertir dans les règles de l’art cette ancienne “xemonia” traditionnelle en nouvelle adresse de charme confidentielle pour à peine dix personnes. Après la conquête du Péloponnèse par les Ottomans au XVe siècle, les Magniotes en échange du versement d’un tribut conservèrent une relative indépendance. Royaume des pirates et des brigands, habiles à déclarer la vendetta au moindre battement de cils du village voisin, les côtes du Magne de surcroît difficiles d’accès restèrent ainsi jusqu’à tard une enclave peu sûre, isolée, mais d’une beauté inviolée.

Du cap Tainaro dont on voit, de la terrasse de l’hôtel, le nez s’allonger en direction de l’Afrique, s’étend à cette heure un vaste miroir aux reflets d’argent. Dans notre dos, couverte de son manteau de lande éclatant sous une luminosité intense, la montagne s’impose comme la clé de voûte de ce balcon sur le monde. Le Meltem s’est maintenant calmé et le récit peut continuer. Dressée face à la mer, la tour de Tainaron Blue Retreat dit tout de l’histoire de cette région devenue récemment un lieu de villégiature très apprécié des Athéniens. Une puis deux, puis trois, les “xemonia” -ces tours typiques- à restaurer se sont multipliées comme la dernière des tendances. Il faut de l’imagination pour faire de ces sentinelles des lieux de vacances. “Nous n’avons pas voulu faire un musée à l’intérieur”, poursuit l’hôtelier. Le confort contemporain et même un peu de “design” s’imposent donc à chaque étage.

 

"Nous voilà à bon port, prêts à recevoir cette ritournelle millénaire,  qui se chante dos à la roche,  le regard posé entre ciel et mer."

 

On se faufile par un trou de souris pour gagner d’abord la cuisine malicieusement agencée puis l’enfilade en hauteur des pièces reliées entre elles par des échelles. Quelques mouvements acrobatiques et nous voilà dans la chambre. La tendresse du bois ajouté par l’architecte s’oppose à la masse de la pierre. Par l’une des meurtrières, la Méditerranée nous fait de l’œil. En bas, des oliviers centenaires se dorent la pilule, et une piscine couleur bleu farniente rappelle au beau milieu de cette minéralité qu’un chapelet de criques et de plages s’égrène à une dizaine de kilomètres à la ronde. La légende ancienne raconte que c’est aussi non loin, à l’extrémité du cap, que se trouve l’une des portes d’entrée vers un autre monde, dit-on. On s’imagine avoir enfin trouvé l’adresse du paradis.

 

Par

ALICE D'ORGEVAL

Automne-Hiver

Vacance N°8

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