Russie

Saint-Pétersbourg, la révolution hype

Saint-Pétersbourg, la révolution hype

Bien sûr, il y a pour toujours Saint-Pétersbourg, la classique. Son Ermitage, ses musées et ses palais grandioses. Mais, aujourd'hui, la ville impériale se montre sous un nouvel angle : contemporaine et même alternative. On y voit fleurir galeries d'art, speakeasy, Musée du street art et restaurants branchés. Notre sélection d'adresses pour humer l'air du temps.

 

Même la Coupe du Monde de la FIFA n’aura eu raison de cette soif d’art et de culture. Alors que toutes les grandes villes de Russie s’affairaient à tirer profit du show planétaire (à grand renfort de chapkas, matriochkas et autres bibelots à l’effigie de Poutine), on pouvait s’amuser autrement dans la capitale éternelle de la culture russe, pourtant prise d’assaut par les supporters.

Ici des visites guidées en anglais par des habitants activistes sur des thèmes aussi disruptifs que le mouvement LGBT ou la protection de l’environnement. Là une exposition d’un collectif d’artistes punk détournant les symboles du football ou encore des sorties en “paddle” sur la Fontanka et un tour des cafés, bars et restaurants de la ville soutenant l’alimentation saine et propre. Sans parler de la colonie de théâtres, salles de concert et autres lieux de fête qui, à l’année, ne désemplissent pas… On ne se refait pas : loin du cliché d’une cité figée dans le passé, Saint-Pétersbourg, reine de l’avant-garde, aime se renouveler. Emmenée par une poignée de trublions créatifs, actifs sur les différentes scènes contemporaines, cette Saint-Pétersbourg alternative, encore discrète, oblige à faire un pas de côté : hors du sacro-saint circuit touristique, notre sélection d’adresses pour s’évader sans se perdre.

1

New Holland

Changement de cap pour cet îlot artificiel – créé au début du XVIIIe siècle pour devenir le siège de l’Amirauté dédiée à la construction des navires russes – depuis son entrée dans le giron du couple Roman Abramovich et Darya Zhukova. En pleine ville historique, New Holland offre à Saint-Pétersbourg la respiration qui lui manquait : entre un dédale d’entrepôts en belles briques s’organisent grandes pelouses à transats, ginguettes et cabanes à street food, ateliers pour enfants, concerts en plein air, tournois de pétanque et patinoire en hiver.

New Holland Saint-Pétersbourg

2

Kabinet Bar

Pour accéder à ce speakeasy contemporain, ne vous attendez pas à un accueil classique à l’entrée, façon cerbère et tapis rouge. Il vous faudra cette fois trouver l’entrée de l’enseigne Grill Brothers dans la rue Malaya Sadovaya (au numéro 8), puis vous diriger comme si de rien n’était vers les toilettes. Au bout de l’escalier menant au sous-sol, vous êtes arrivés. Dans une salle à l’ambiance tamisée d’un tripot, comme au temps de la prohibition, tous les ingrédients (tables de jeux, bougies, barista en tenue rétro) sont réunis pour faire illusion. Pas de site internet, Kabinet joue la carte du secret bien gardé (du jeudi au samedi).

Kabinet Bar Saint-Pétersbourg

3

EM

Sur les bords du canal de la Moïka, ce restaurant sans enseigne mené par Eduard Muradyan, le restaurateur à l'origine du Rubinstein Café, prend le contrepied de la tendance bling : peu de convives (une dizaine de tables), pas de choix (le menu fixe change chaque soir en fonction du marché), une cuisine ouverte sur la salle et un accès au compte-gouttes (pour réserver, c’est Muradyan lui-même qui vous rappelle). Le repas se vit comme une pièce de théâtre, dont les acteurs seraient le chef et son unique aide. Dans une ville envahie par la culture “fast-food”, EM remet l’assiette (et la bonne cuisine) au centre de la table.

EM Saint-Pétersbourg

4

Kreutz Flat

Au dernier étage d’un immeuble à l’angle de la Perspective Nevski (non loin de l’obélisque), cet “appartement” reçoit nuit et jour, semaine et dimanche, pour déjeuner, dîner (cuisine internationale), prendre le thé, siroter un cocktail, avaler un café… Aménagés comme une vraie maison, avec cuisine (frigo plein) et chambre à coucher (à réserver), les 800 mètres carrés se visitent librement comme si vous étiez chez un ami très très accueillant. D’ailleurs c’est à ce même ami qu’il faudra demander un code d’accès avant d’arriver. Sésame ouvre-toi.

Kreutz Flat Saint-Pétersbourg

5

Galerie Marina Gisich

Installée au bord de la Fontanka, à hauteur du Mariinsky, voici la première galeriste de rang international œuvrant à Saint-Pétersbourg. Francophone de cœur, celle que les amateurs ont déjà pu croiser au Grand Palais pendant la foire Art Paris représente une vingtaine d’artistes russes, tel le plasticien Peter Belyi, figure de cette génération pétersbourgeoise ayant suivi la très sérieuse filière académique avant de bifurquer pour trouver sa propre voie. Pas mieux que sa programmation d’expositions temporaires pour un aperçu de cette scène artistique bien vivante.

 

Place Saint-Isaac Saint-Pétersbourg

6

Street Art Museum

Dans le quartier Est d’Okhta, à trente minutes des quais de la Neva, au 84 de la Chaussée de la Révolution, la fabrique de plastique stratifi é Sloplast, toujours en activité, accueille, au cœur de sa gigantesque enceinte meublée d’entrepôts en partie désaffectés, une drôle de bande mêlant enfants gâtés et artistes de qualité. Le résultat : un Street Art Museum qui vaut le détour pour le regard qu’il jette sur le monde industriel et le détournement “arty” que l’on peut en faire. Jusqu’à fin septembre, plusieurs expositions dont Invisible / Un visible de l’excellent Français Bertrand Gosselin.

Extérieur du Street Art Museum Saint-Pétersbourg

7

L’Ermitage

Dirigé d’une main de maître par le valeureux Mikhaïl Piotrovski, suivant lui-même la carrière de son père, le plus grand musée au monde ne se refuse aucune bifurcation vers l’art contemporain dans son aile de l’État-major (au grand dam des conservateurs de la ville qui ruminent encore l’expo de Jan Fabre ou celle des frères Chapman). Détour obligatoire par les galeries d’art moderne, notamment pour le Carré noir de Kasimir Malevitch.

 

L'Ermitage Saint-Pétersbourg

8

Golitsyn Loft

Saint-Pétersbourg surfe avec brio sur la tendance des “creative clusters”, ces espaces abandonnés investis par artistes, makers… Superbement placé au bord de la rivière Fontanka (au numéro 20), dans un hôtel particulier ayant appartenu au prince Golitsyn, le Golitsyn Loft est incontestablement l’un des plus réussis. Sous les lambris, une adorable atmosphère bohème qui incite le plus pressé des voyageurs à se poser pour observer. Au rendez-vous de la jeunesse russe : lounge de coworking (où l’on paye au temps resté), café branché au décor minimal laissant toute la place à la sublime vue sur les quais, corner à “cupcake”, auberge de jeunesse, boutique de design... Pour un bain de jouvence rafraîchissant. Pas de site internet, ni enseigne : ayez l’œil pour frapper à la bonne porte cochère !

 

Golitsyn Loft Saint-Pétersbourg

 

Par

ALICE D’ORGEVAL


Photographies

OLIVIER METZGER

Automne-Hiver

Vacance N°8

A travers grands reportages, rencontres, interviews et photos inspirantes, le magazine de Voyageurs du Monde vous invite à la découverte de l’envers du monde.